A Perpignan, le chantier tant attendu du nouveau palais de justice, planifié depuis plus de deux décennies, a été mis à l'arrêt une fois de plus. Alors que le projet semblait reprendre forme, les financements pour l'année 2026 viennent d'être suspendus, plongeant magistrats et avocats dans la consternation.
« L'État nous informe qu'il n'y a plus d'argent disponible », confie un magistrat sous couvert d'anonymat. Une explication difficile à accepter alors que ce projet est officiellement considéré comme « urgent » et « prioritaire » depuis le début des années 2000.
Un tribunal du XIXᵉ siècle à bout de souffle
Le palais de justice actuel, construit en 1866, ne répond plus aux exigences contemporaines de la justice. Les locaux sont exigus, vétustes et souvent non conformes aux normes d'accessibilité. La pénurie de salles d'audience et les préoccupations de sécurité exacerbent ces problèmes. De plus, le tribunal fonctionne sur plusieurs sites disséminés à travers la ville, compliquant ainsi l'organisation et dégradant l'accueil des justiciables.
Des promesses répétées… jamais tenues
La reconnaissance de l'urgence de la situation date de 2009, lorsque la garde des sceaux de l'époque, Rachida Dati, a inscrit le projet parmi les priorités nationales, accompagné d'une enveloppe budgétaire de 34,9 millions d'euros. L'inauguration était annoncée pour 2014, mais dix-sept ans plus tard, aucun progrès concret n'a été réalisé.
Bien que des avancées semblaient se profiler pour 2025, avec la désignation d'un architecte, l'espoir s'est rapidement dissipé lorsque la présidente du tribunal judiciaire, Fabienne Clément, a confirmé le gel des crédits.
« Le projet n'est pas abandonné », assure le procureur de la République, Jérôme Bourrier, tout en précisant : « Pour le moment, la Chancellerie maintient qu'il s'agit d'une priorité, mais les contraintes budgétaires imposent ce gel pour l'année prochaine. »
« On a droit à la douche froide à chaque fois »
Les personnels judiciaires expriment leur exaspération face à cette situation qui semble répétitive. « Chaque fois que le dossier refait surface, c'est la déception. Cela devient une mauvaise blague », déclare Me Philippe Ayral, avocat au barreau de Perpignan. Il souligne également un profond sentiment d'abandon : « Perpignan semble négligée par les autorités. Bien que les difficultés budgétaires soient réelles, cela fait trop longtemps que notre ville est la dernière à bénéficier de telles infrastructures. »
Dans la région, Perpignan est devenu un cas d'exception. « Les autres grandes villes ont vu leurs tribunaux modernisés, comme Toulouse, Montpellier ou Narbonne, alors que nous restons confinés dans un bâtiment du Second Empire. »
Une maquette qui semble narguer le personnel
Dans le palais de justice, une maquette du futur bâtiment demeure exposée, symbole d'un projet qui s'éternise sans jamais voir le jour. L'Agence publique pour l'immobilier de la justice (APIJ), responsable du dossier, n'a pas souhaité répondre à nos questions.







