La récente Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, parue en décembre 2025, évoque une Europe en crise, ne pouvant être sauvée que par une intervention américaine. Cette vision, marquée par la décadence économique et politique de l'Europe, trouve un écho parmi les mouvements d'extrême droite européens. Le document affirme : "L'Amérique encourage ses alliés à promouvoir un renouveau de l'esprit, faisant écho aux partis patriotes européens qui suscitent un grand optimisme". Cette perspective rejoint celle de la Russie, où le régime de Poutine se positionne comme le garant des valeurs traditionnelles européennes.
Les droites nationalistes de Russie, des États-Unis, et d'Europe partagent un ensemble de valeurs illibérales, opposées aux institutions supranationales. Elles prônent un pouvoir exécutif fort et un nationalisme proche d'une vision homogène de la nation. Ce lien idéologique se traduit par des actions politiques communes, notamment avec la critique de l'Union européenne, perçue comme un outil d'élites technocratiques cherchant à annihiler les identités nationales.
Le soutien de Steve Bannon à Marine Le Pen pour des raisons stratégiques témoigne de ce besoin d'alliance contre l'UE. Cependant, cette convergence idéologique ne signifie pas une adhésion automatique à tous les alignements géopolitiques.
Ukraine et Venezuela : des tensions stratégiques croissantes
Avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, le Rassemblement national (RN) a dû adapter son discours, prenant soin de s'éloigner de Moscou pour répondre à une opinion publique française en grande partie hostile. Ce repositionnement met en lumière une difficulté à s'aligner totalement sur la Russie, tout en maintenant des relations historiques.
Malgré cette réorientation, certains membres du parti, tels que Thierry Mariani, ont continué à développer des liens privilégiés avec la Russie, normalisant ainsi une vision pro-Russe au sein du RN. Des figures comme Aymeric Chauprade et Patrice Hubert attestent aussi de cette volonté de maintenir les liens avec les acteurs russes.
Si le RN a toujours eu une inclination pro-russe, il n'a pas suivi d'autres mouvements d'extrême droite européens, tels que l'AfD en Allemagne, dans leur soutien explicite à Trump. Jordan Bardella, tout en admirant Trump, semble naviguer entre un soutien prudent et une distance critique vis-à-vis des actions américaines.
Des choix stratégiques en pleine évolution
Les déclarations récentes du RN, notamment contre l'enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, reflètent un rejet des initiatives américaines perçues comme impérialistes. Marine Le Pen a souligné que "la souveraineté nationale n'est jamais négociable". Avec le débat autour d'un achat du Groenland, le RN a dénoncé ces ambitions comme un retour à des pratiques d’un autre temps.
Cette ambiguïté vis-à-vis de Trump peut être interprétée comme une nécessité électorale, le RN cherchant à séduire un électorat plus large face à une personnalité qui divise profondément l'opinion publique française. Alors que l'approche trumpiste peut symboliser une menace pour les valeurs européennes dans l'esprit de nombreux électeurs, le RN doit naviguer avec précaution entre l'attrait des idées nationalistes et les pressions géopolitiques.
En somme, le RN se retrouve à un carrefour, où ses ambitions d'un nationalisme européen autonome devront jongler avec les attentes des partenaires extérieurs, qui sont loin d'être alignés. Si Marine Le Pen ou Jordan Bardella accédaient au pouvoir, leurs choix stratégiques seraient probablement influencés par leur position sur la scène internationale, où la volonté d'indépendance se heurte à la complexité des alliances contemporaines.







