Au tribunal judiciaire d’Agen, un procès hors normes se déroule. Entre le 29 janvier, neuf personnes se retrouvent devant la justice, accusées de vols aggravés et d’appartenance à une association de malfaiteurs. Tous sont liés par un mode opératoire audacieux qui semble tout droit sorti d'un film.
Tout commence en septembre 2023 à Mornas dans le Vaucluse, lors d'une opération de gendarmerie sur un marché aux puces. Plusieurs suspects prennent la fuite, laissant derrière eux des véhicules chargés de matériel volé, provenant de cambriolages dans le Sud-Ouest, notamment dans le Lot-et-Garonne et la Charente-Maritime. L'enquête, menée par la section de recherche de Bordeaux, révèle une organisation minutieusement orchestrée par deux familles.
Les individus, âgés de 22 à 57 ans et originaires de la communauté serbo-croate, opèrent à bord de camping-cars qu'ils volent et maquillent avec de fausses plaques d'immatriculation. Ils partent de leur zone de refuge à Nîmes avant de se diriger vers l'ouest de la France, où ils s'installent pour quelques jours dans des zones périurbaines. De nuit, ils commettent des vols d’outils et de matériel électroportatif, n’hésitant pas à utiliser les camping-cars comme véhicules béliers pour forcer les accès, avant d’écouler la marchandise sur des marchés clandestins. À la fin de leur périple, ils mettent le feu à leurs véhicules volés, effaçant ainsi les traces de leurs actes.
Un bébé recouvert de billets de 50 euros
Grâce à plusieurs mois d'enquête, les autorités parviennent à identifier les suspects, notamment via des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Bien qu'ils portent des gants et des cagoules lors des cambriolages, ils se montrent émerveillés sur TikTok, exhibant des sommes d'argent considérables. Une vidéo choquante montre un bébé recouvert de billets de 50 euros. Aux yeux de la loi, ces comportements ne passent pas inaperçus.
La géolocalisation des véhicules volés, l’analyse ADN et des opérations de surveillance physique ont permis d’interpeller une dizaine de personnes, comprenant un mineur, en février 2024. Ces arrestations ont eu lieu au petit matin, dans des camping-cars volés, alors qu’ils s'apprêtaient à commettre de nouveaux méfaits. En audience, ce jeudi, six suspects sont présents, tandis que trois autres ont disparu, un mandat d'arrêt étant émis à leur encontre. Tous risquent dix années d'emprisonnement, voire vingt en cas de récidive. Les réquisitions et le délibéré seront rendus ce jour même.







