Invités dans le 20 heures du mercredi 21 janvier, Antoine Izambard et Pierre Gastineau, auteurs de "Les espions du président", partagent leur analyse de l'état des services de renseignements français.
Léa Salamé : Pensez-vous que la menace n'a jamais été aussi forte ? La France dispose-t-elle de services de renseignement performants ?
Antoine Izambard : Nos services ont réalisé des avancées notables, notamment dans le domaine du contre-terrorisme. Depuis 2015, 79 attentats ont été déjoués. Concernant le contre-espionnage, nous avons expulsé une soixantaine d'agents étrangers depuis 2022. Cela témoigne d'un travail acharné de nos services. D'un autre côté, des échecs comme la guerre en Ukraine soulignent que des informations cruciales nous échappent parfois. En augmentant nos moyens, nous devons également faire face à une menace diversifiée, surtout face à des puissances comme la Chine, qui dispose de 200 000 agents, contre 20 000 en France.
Léa Salamé : Les tensions géopolitiques avec les États-Unis sont croissantes. Est-ce que l'administration Trump nous espionne davantage ?
Pierre Gastineau : Les États-Unis ont toujours surveillé la France. De plus, leur stratégie actuelle semble inclure la volonté d'affaiblir notre influence en Europe. Au-delà de l'espionnage, les ingérences deviennent alarmantes. Nous avons vu les Russes s'immiscer dans nos affaires internes, et désormais l'influence américaine sous la présidence Trump est également préoccupante. D'ici 2027, nous pourrions faire face à une véritable tempête d'ingérences.
Léa Salamé : Vous évoquez l'intérêt d'Emmanuel Macron pour le monde du renseignement. En quoi cela se manifeste-t-il ?
Pierre Gastineau : Emmanuel Macron a un véritable engouement pour les informations sensibles. Chaque soir, il reçoit un document rouge contenant des notes stratégiques des services de renseignement. Contrairement à ses prédécesseurs, il a réhaussé l'importance du renseignement dans sa politique étrangère, ce qui est crucial dans un contexte international tendu.
Léa Salamé : En trois mots, qu'est-ce qui définit un bon espion ?
Pierre Gastineau : Curiosité, humilité, et souplesse. Un bon espion doit savoir s’adapter et manipuler les informations selon le contexte. De plus, une connaissance des cultures étrangères est un atout majeur pour infiltrer des réseaux complexes, ce que la France parvient à faire grâce à ses binationaux.







