L'innovation française qui transforme la vérification de l'âge en ligne

Une start-up française révolutionne la vérification d'âge avec l'analyse des mouvements de la main.
L'innovation française qui transforme la vérification de l'âge en ligne
Pour vérifier l’âge des internautes, la reconnaissance faciale s'est imposée sur de nombreux sites sensibles. Une start-up française affirme avoir trouvé une alternative moins intrusive : analyser les micro-mouvements de la main grâce à l’intelligence artificielle. Cette technologie, présentée comme plus respectueuse de la vie privée, est déjà utilisée dans 120 pays.

Pour accéder à certains sites, montrer son visage à une caméra est devenu un geste presque banal. Sur les plateformes pornographiques, les sites de paris en ligne ou de vente d’alcool, les technologies de vérification de l’âge se multiplient sous la pression des régulateurs. La majorité de ces dispositifs se fondent sur l’analyse du visage ou la transmission de documents d’identité, des méthodes critiquées pour les risques qu’elles font peser sur la vie privée et pour leurs biais discriminatoires.

C’est sur cette promesse d’une vérification "sans identité" qu’entend se positionner la start-up montpelliéraine Needemand. Son outil, baptisé BorderAge, n’utilise ni le visage, ni des papiers d’identité, mais se concentre sur les micro-variations des mouvements de la main, analysées par intelligence artificielle. L'idée consiste à déterminer si un utilisateur est majeur ou mineur par l’analyse des mouvements subtils de sa main.

"On est les premiers au monde à avoir réussi à le faire. Amazon a tenté de créer des systèmes de vente par reconnaissance de la forme de la main, mais ça n'a pas fonctionné à cause de trop de variabilité", explique Driss Benchakroune, dirigeant de Needemand, à France Info.

Analyser les micro-détails des gestes

Le test dure une trentaine de secondes. L’utilisateur doit montrer sa main face à la caméra, doigts serrés, puis effectuer plusieurs mouvements successifs : léger déplacement, ouverture des doigts, et réaliser deux gestes spécifiques. Ces gestes varient à chaque essai pour empêcher toute forme d’entraînement, tout comme des robots ne pourraient facilement les reproduire.

Ces séquences permettent le reconstitution d’un modèle tridimensionnel, et l’analyse des variations infimes du mouvement. Selon Driss Benchakroune, ces micromouvements sont révélateurs de l’évolution du système nerveux au cours de l’adolescence et du début de l’âge adulte.

"Entre l'adolescence et jusqu'à 25 ans, vous avez des variations hormonales qui modifient votre système nerveux, et nous parvenons à déchiffrer ces changements qui influencent le mouvement de la main", souligne-t-il.

Avec l’âge, ces gestes deviennent plus homogènes, favorisant une logique d'"économie d’énergie" cérébrale.

La société ne prétend pas déterminer l’âge précis d’une personne, mais seulement si elle dépasse un certain seuil. Needemand annonce une marge d’erreur de deux mois, contre un an et demi pour les systèmes de reconnaissance faciale, selon son dirigeant.

En outre, l’entreprise critique les biais des technologies faciales, souvent moins fiables pour les individus issus de minorités raciales. Driss Benchakroune vante sa méthode comme universelle, qui ne se base ni sur les rides, ni sur la taille de la main, ni sur les empreintes digitales.

Déjà adoptée dans 120 pays

"De toute façon, nous ne pouvons pas prendre les empreintes digitales, car la caméra fonctionne avec une résolution trop faible. Nous nous basons uniquement sur le mouvement de la main. Et si vous montrez votre visage, l'application se désactive", insiste-t-il.

La solution de Needemand, commercialisée depuis novembre 2025 après neuf ans de recherche, est désormais opérationnelle dans 120 pays. Ses clients incluent des sites pornographiques, de paris en ligne, et des vendeurs d’alcool, de tabac ou de cigarettes électroniques.

En France, la marque Dorcel figure parmi les utilisateurs affirmés. Seeking, le deuxième site de rencontres mondial, emboîte le pas à cette technologie. À l'étranger, le dispositif est testé par le gouvernement australien et utilisé par des entreprises aux États-Unis, au Brésil, au Canada et en Chine.

Selon son dirigeant, les géants technologiques se montrent également intéressés. Tous les Gafam auraient pris contact avec la start-up, tout comme "un des plus grands fabricants de smartphones au monde".

Le défi de la protection de la vie privée

Pour Needemand, la question centrale reste la protection des données personnelles. La start-up assure ne collecter aucune information personnelle, y compris identité ou adresse IP, en soulignant l’aspect anonyme de sa solution.

"Nous ne voulons pas savoir qui vous êtes, pas besoin de connaître votre adresse IP. Nous cherchons simplement à savoir si vous êtes au-dessus ou en dessous d'un certain âge", affirme Driss Benchakroune.

L’entrepreneur précise que l’infrastructure technique a été conçue pour minimiser le stockage de données afin de réduire les risques de piratage ou de fuite. "Nous essayons véritablement de ne conserver aucune donnée, même nos serveurs sont parmi les plus petits disponibles sur le marché", ajoute-t-il.

Vers une action coordonnée ?

En Europe, les autorités s'efforcent de restreindre l'accès des mineurs aux contenus pornographiques et à certains services en ligne. À partir de janvier 2025, les sites à caractère pornographique devront systématiquement vérifier que leurs visiteurs sont majeurs. Par ailleurs, une interdiction de l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans est envisagée dès la rentrée 2026.

Les promesses de Needemand suffiront-elles à convaincre les plateformes ? La start-up note que les systèmes de vérification d'âge actuels provoquent une chute significative de la fréquentation des sites : "ils enregistrent jusqu’à 99% de baisse de visites" lorsque l’utilisateur doit fournir un document d’identité ou montrer son visage.

Beaucoup de sites choisissent donc de fermer temporairement ou de changer de nom pour éviter ces obligations. Driss Benchakroune affirme qu'une coordination européenne est essentielle pour rendre ces dispositifs véritablement efficaces.

"Jusqu'à présent, la France a légiféré, mais cela ne suffit pas. Tous les pays européens doivent mettre en place des amendes pour renforcer le système", déclare-t-il. Cela dit, l'Union européenne a récemment introduit une nouvelle application de vérification de l'âge des internautes.

La bataille pour la vérification d'âge en ligne, entre protection des mineurs, enjeux économiques et défense de la vie privée, ne fait que commencer.

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