Les « bus médicaux » se répandent dans des zones où l'accès aux soins est restreint, offrant des solutions aux territoires en souffrance. Emmanuel Langlois, sociologue de la santé à l’Université de Bordeaux, analyse cette initiative innovante.
La Nouvelle-Aquitaine se retrouve en première ligne dans le combat contre les déserts médicaux, avec 9 départements sur 12 désignés en zone rouge par le gouvernement. Près de 6,5 % de la population régionale parvient à se faire soigner, grâce à la télémédecine, à des groupes de médecins solidaires ou, de plus en plus souvent, à des bus médicalisés, véritables centres de soins ambulants.
« Le sujet des déserts médicaux est complexe, » commence Emmanuel Langlois. « Bien que la France compte 240 000 médecins, dont 100 000 généralistes, leur répartition n'est pas équitable. Les médecins se concentrent autour des grands centres urbains, laissant les territoires plus éloignés à la traîne. »
Ce paradoxe, où l'offre de soins ne parvient pas à répondre à la demande, s'explique par l'évolution des pratiques médicales. « Les français sont de plus en plus consommateurs de soins, et l'organisation complexe du parcours de santé fait que certaines zones, même urbaines, souffrent de déserts médicaux, » souligne Langlois.
« L'initiative des bus médicalisés permet de répondre à ce besoin pressant, en allant directement vers les populations vulnérables, souvent éloignées des structures de santé. » Ce concept de « l'aller vers » joue un rôle essentiel en rétablissant un lien, réduit le sentiment d'abandon et facilite la continuité des soins.
« Le boucher, l'épicière, le boulanger livraient en camionnette dans les campagnes il n’y a pas si longtemps, » précise Langlois.
Cependant, ce n’est pas une solution miracle. Le développement de la télémédecine, bien que prometteur, n’a pas encore trouvé son modèle idéal. Néanmoins, ces bus médicaux marquent un tournant dans la manière d’accéder à des soins de qualité. En effet, alors que la population vieillit et que les maladies chroniques se multiplient, l’accès à des soins adéquats devient incontournable.
À la croisée des défis sanitaires et des attentes sociales, cette approche innovante pourrait bien être la clé pour redynamiser des territoires laissés pour compte, en attendant d'autres solutions durables.







