Dans un communiqué récemment diffusé, l’Association nationale de la police judiciaire (ANPJ) dénonce ouvertement le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, l'accusant de feindre de découvrir la dégradation du système judiciaire français. Avec six années en charge des ministères de l’Intérieur puis de la Justice, l’ANPJ le considère comme l'un des principaux responsables de cette situation alarmante.
La tragédie de Lyhanna, une jeune fille de 11 ans, enlevée et assassinée dans le Gers en mai 2026, soulève des questions sur l'indifférence systémique face aux signaux d'alarme. Un pré-rapport des inspections générales a révélé qu'une plainte enregistrée en août 2025 contre Jérôme Barella, le principal suspect, avait été laissée sans traitement adéquat pendant des mois, une négligence d'une gravité inacceptable.
En réponse à cette tragédie, Gérald Darmanin a initié une procédure disciplinaire contre le substitut du procureur d'Auch et lui a retiré son habilitation concernant les dossiers des mineurs. Néanmoins, le ministre a insisté sur le fait que ces manquements résultaient de « défaillances personnelles » et non d'un manque de ressources. Cette analyse est violemment contestée par l'ANPJ.
Dans un communiqué adressé directement à Darmanin, l’ANPJ accuse le ministre d'avoir géré les affaires avec une incompétence manifeste tant à l’Intérieur qu’à la Justice. « Vous ne découvrez rien aujourd’hui », affirme l’association, rappelant qu'un rapport d'évaluation remis dès 2023 soulignait déjà « l’état d’asphyxie de l’ensemble de la chaîne pénale », avec près de trois millions de procédures non traitées, notamment celles relatives aux violences sexuelles sur mineurs.
Une réforme qui a aggravé la situation
L’ANPJ critique aussi la réforme de la police nationale de 2024, mise en œuvre par Darmanin lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, qui « a considérablement affaibli l’ex-Police judiciaire sans apporter de soutien réel aux services d’investigation », conduisant à un malaise croissant au sein des équipes d’enquête. Les enquêtes sont de plus en plus difficiles, et des agents de police quittent leurs postes par manque de motivation et de sens.
À cela s'ajoute le fait que les ministères continuent de fonctionner avec des systèmes informatiques obsolètes, certains datant de plus de 20 ans, rendant la procédure pénale encore plus complexe et lourde.
700 enquêtrés contre 12 000 nécessaires
L’ANPJ évoque également le programme de renforcement des enquêtes présenté en février 2026, qu'elle juge dérisoire. Alors que la France compte environ 700 circonscriptions de police, le plan ne prévoit que 700 enquêtes supplémentaires, alors que les besoins réels sont estimés à 12 000 postes additionnels.
Darmanin a ordonné un examen urgent de 70 000 procédures impliquant des mineurs, et 134 individus ont déjà été placés en détention provisoire dans ce cadre. Cependant, l’ANPJ voit cela comme un « énième effet d’annonce », incitant les magistrats et enquêteurs à délaisser d'autres dossiers déjà en souffrance.
Manifestations devant les tribunaux
La tension monte également avec les magistrats, leur syndicat principal, l’Union syndicale des magistrats, déclarant que Darmanin « a perdu leur confiance ». L’ANPJ annonce sa participation aux manifestes prévus les 29 et 30 juin, plaidant pour des changements significatifs et durables.
Pour conclure, l’ANPJ tire la sonnette d’alarme : « La situation de la Justice est si catastrophique qu'il est probable que d'autres drames se produisent », un avertissement qui résonne au-delà des murs de la cour de justice.







