Il y a un an, peu après le retour de Donald Trump au pouvoir et alors que trois quarts des chercheurs aux États-Unis envisagaient de quitter le pays, la crise de la recherche s'est intensifiée. Les conditions de travail se dégradent, laissant planer un sombre avenir. Deux jeunes chercheurs français, Raphaël Demias-Morisset et Manon, illustrent ce tableau complexe.
Raphaël, chercheur en sciences politiques à l'Illiberalism Studies Program à George Washington University, travaille depuis Bordeaux car il ne peut pas obtenir de visa pour entrer aux États-Unis. Ayant soutenu sa thèse à l'Université de Bordeaux sur « L’illibéralisme, aboutissement ou lendemain du néolibéralisme », il a un postdoctorat prévu pour 2025 sur l’usage des technologies par les régimes illibéraux. « Je ne peux pas me rendre à Washington ; il était donc crucial de m'organiser pour mener ma recherche à distance », explique-t-il. Le défi est d'autant plus grand que l'atteinte d'un visa J1 semble impossible en raison de son exposition publique critique envers l'administration Trump.
Quant à Manon, biologiste cellulaire avec une green card, elle a ouvert un laboratoire à New York en 2022. Les difficultés de financement qu'elle rencontre s'accroissent, notamment à cause des coupes budgétaires touchant le National Institutes of Health (NIH). « Depuis l'élection de Trump, les réductions de coûts ont entraîné un grand nombre de licenciements au NIH, ce qui complique l'attribution des fonds », dit-elle. L'impact sur la recherche est dramatique : « Beaucoup attendent des réponses sur leur financement plus longtemps que prévu. »
« Les chercheurs ne communiquent entre eux que par le biais d'une messagerie cryptée »
Les thèmes de recherche controversés, tels que le genre ou l'extrême droite, se heurtent souvent à des refus administratifs. « Je coche presque toutes les cases du bingo des mots bannis », plaisante Raphaël. L'atmosphère d'incertitude pousse les chercheurs à pratiquer l'autocensure, évitant de critiquer le mouvement trumpiste ouvertement pour préserver leur sécurité professionnelle.
Sécurité des échanges
Face à cette situation, le groupe de Raphaël a développé un sens aigu de la sécurité dans leurs échanges, ne communiquant plus que via une messagerie cryptée, une practice héritée de collègues en contexte post-communiste. « C'est une nécessité dans le climat actuel », souligne Raphaël.
Optimisme relatif
Malgré ces difficultés, les deux chercheurs gardent espoir. Manon évoque les changements politiques réels : « Trump n'est pas éternel. Lors des dernières élections, de nombreux candidats démocrates ont remporté des victoires dans des zones inattendues. » Raphaël partage cette optimisme : « L’activisme de la société civile est prometteur. Bien que le snobisme autoritaire soit un risque, l'engagement populaire peut influencer la définition de notre avenir. » Néanmoins, ils expriment leurs inquiétudes concernant le retour des fonds pour la recherche en Europe.
(1) Le prénom a été modifié.
Raphaël Demias-Morisset est l’auteur de « Illibéralisme, l’idéologie de la nouvelle révolution conservatrice ».
Sources : Sud Ouest, George Washington University







