Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur général de l'Éducation et lauréat du Prix de la laïcité 2018, a récemment animé une conférence à Montpellier, organisée par le Ceser de la Région Occitanie, sur le thème : « L'École face aux défis de la laïcité ». Invité par Midi Libre, il a exposé les causes et l'ampleur de la montée de la violence et des atteintes à la laïcité dans le milieu scolaire.
Pourquoi la laïcité fait-elle toujours débat ?
Un sujet clivant, la laïcité divise les Français depuis des décennies. La guerre scolaire entre école et religion a trouvé un certain apaisement en 1994 grâce à un accord instaurant une parité entre les systèmes éducatifs. Cependant, une nouvelle souffrance émerge : celle liée à l'islamisme. Comme je soulignais dans mon livre de 2020, « Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école », les atteintes à la laïcité débutent dès le premier degré, un constat alarmant soutenu par des données précises.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Dès 2004, avec la loi sur le voile, les gouvernements successifs pensaient avoir résolu la question. Or, le rapport de cette même année prévenait déjà que cet aspect n'était qu'une partie visible d'un problème plus vaste : les contestations des règles d'ordre scolaire et les menaces physiques à l'égard des enseignants. À partir de 2015, les recherches de l'Ifop ont révélé que ces tensions se manifestent dans toutes les écoles, qu'elles soient publiques ou privées.
Suite à l'assassinat de Samuel Paty, des mesures ont-elles été prises ?
Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l'Éducation, avait lancé un plan de formation quadriennal sur la laïcité et les valeurs républicaines. Si la majorité des enseignants ont reçu une formation, il reste un long chemin à parcourir ; près de la moitié d'entre eux en entendaient parler pour la première fois.
La délégation de la formation des enseignants aux universités est un échec.
La peur des enseignants a-t-elle augmenté depuis ?
Absolument. D'après l'Ifop, le pourcentage d'enseignants s'autocensurant a grimpé de 36 à 56 % entre 2018 et 2022. Mon livre « Les profs ont peur » témoigne de cette réalité où presque tous les enseignants consultés ont évoqué Samuel Paty.
La violence envers les enseignants est-elle en augmentation ?
Des études indiquent que 2 % des élèves confessent avoir frappé un enseignant dans l'année, ce qui pourrait représenter 120 000 agressions physiques. Ce phénomène n'est pas unique à la France, mais indique une montée généralisée de la violence parmi une jeunesse fragilisée. De plus, la formation insuffisante des enseignants sur l'autorité contribue à cette problématique. Selon les résultats de l'OCDE, la France se situe en bas du classement en matière de formation des enseignants sur l'encadrement des comportements.
Que faut-il faire ?
La transparence est primordiale sur un sujet encore tabou pour les syndicats. Plus de moyens ont été demandés, mais les moyens déployés depuis 1990 n'ont pas réduit la violence ; deux écoles supplémentaires créées ne suffisent pas. L’Éducation nationale doit reprendre le contrôle sur la formation de ses enseignants. En cas d'agression, le recours à l'article 40 du code de procédure pénale devrait devenir systématique pour éviter d'internaliser ces incidents.
Source : L’Éducation en péril, éditions Hermann







