Les avocats de Tarbes, Pau et d'autres villes françaises poursuivent leur mouvement de grève, initié fin mars, contre une réforme de la justice pénale proposée par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Alors que le texte est actuellement débattu au Sénat, l'assemblée générale des avocats du barreau de Pau a voté le 14 avril un nouveau mode de mobilisation.
Après une grève générale débutée le 31 mars et l'absence de plusieurs avocats lors des audiences, ces derniers ont mis en place une grève du zèle. Des avocats se regroupent pour plaider ensemble pour un même prévenu lors des comparutions immédiates, une démarche destinée à mettre en lumière leur rôle face à une réforme qu'ils estiment préjudiciable à leur activité.
Plaider-coupable
Si le projet défendu par Gérald Darmanin venait à être adopté, un suspect de violent crime pourrait potentiellement éviter un jugement devant une cour d'assises. Cela pourrait se faire si le suspect plaide coupable et accepte la peine proposée par le parquet, avec l'accord de la victime. Cependant, les avocats soulignent que les affaires avec plusieurs victimes ne pourront pas bénéficier de cette procédure.
L’objectif de cette réforme est de désengorger les tribunaux, affirme Darmanin. Toutefois, les avocats estiment que cela ne concernera qu'environ un dossier sur dix, ce qui ne résout pas le problème des atteintes aux droits des accusés et des parties civiles.
"Pas eu le temps de s'organiser"
Jeudi 16 avril, la grève du zèle à Pau a enregistré une faible participation. Seuls deux cas ont été jugés en comparution immédiate, chacun devant un avocat. Une avocate a précisé : "On n'a pas eu le temps de s'organiser pour venir plaider en masse depuis l'assemblée générale". D'autres avocats prévoient de se regrouper pour les prochaines audiences de comparution immédiate.
Me Thierry Sagardoytho, qui a plaide ce jour-là, a exprimé des réserves : "Il y a une contradiction entre le fait de voter une grève et d’en assumer concrètement les modalités. Il faut une adéquation entre nos décisions et nos actions".
Embaucher des juges, greffiers, magistrats
Les avocats arguent que cette réforme pourrait réduire le cadre juridique à une audience bâclée sur une demi-journée, ce qui ne satisferait ni les victimes ni les accusés. Me Thierry a insisté : "Demander à une personne d'accepter une peine après avoir reconnu une culpabilité partiellement discutée, c'est problématique". Ils plaident pour le recrutement de juges et de magistrats afin d’augmenter le nombre de procès et de réduire le nombre de dossiers en attente.
Par ailleurs, la grève a déjà entrainé le report de plusieurs affaires. Le procureur de la République, Rodolphe Jarry, a confirmé que jusqu’à six dossiers ne seront jugés qu'en novembre 2026.







