Souhaitant "sauvegarder le débat démocratique", Sébastien Lecornu se rend jeudi auprès des partis politiques et journalistes pour discuter des moyens de combattre les ingérences étrangères, dont le risque pourrait croître à l'approche de la présidentielle de 2024.
L'eurodéputée Horizons, Nathalie Loiseau, souligne qu'"aucun pays en Europe n'est épargné" par ces ingérences électorales, une réalité à laquelle elle est particulièrement attentive au sein du Parlement européen.
L'initiative du Premier ministre vise à éclairer le passé en matière d'ingérences, telle que celle d'une entreprise israélienne ayant ciblé les candidats de la France insoumise lors des municipales. En outre, il cherche à "identifier les menaces potentielles" pour les élections à venir, notamment la présidentielle et les législatives de 2027.
Le gouvernement est également en attente des outils déclinés dans un projet de loi annoncé par Emmanuel Macron en avril. Ces mesures sont soumises à avisement auprès du Conseil d'État, comme l'indique une source proche du dossier.
Le président de la République, lui-même victime des ingérences lors de sa campagne de 2017 à travers la cyberattaque "Macron leaks", a mis en avant la Russie qui "acquiert massivement" des faux comptes sur les réseaux sociaux pendant des périodes électorales.
Un rapport de Viginum, l’agence dédiée à la lutte contre les manipulations en ligne, sera bientôt publié concernant les municipales. Un autre document détaillant les techniques des ingérences ciblant LFI pourrait également être divulgué.
L'ancienne responsable de RT en France, Xenia Fedorova, désormais médiatique sous l’emprise de Vincent Bolloré, alimente les craintes de manipulation. Pour le gouvernement français, elle est vue comme une "propagandiste" de la désinformation pro-Kremlin. Des eurodéputés demandent des sanctions à son encontre.
Avant d'aborder la presse, le Premier ministre réunira les partis politiques avec trois ministres clés et les responsables des opérations de renseignement. Ensemble, ils évalueront la situation actuelle.
LFI a alerté sur les "dangerosités" des ingérences, ayant notamment subi de fausses accusations et des manipulations visuelles. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris.
En réaction à ces événements, la formation politique de Jean-Luc Mélenchon exigera un positionnement clair du gouvernement face à ces ingérences et proposera des mesures pour protéger les élections de 2027, a déclaré Manuel Bompard à l'AFP.
Plusieurs personnalités ont également pointé du doigt l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, pour avoir exprimé un souhait de voir un autre candidat que Jean-Luc Mélenchon gagner à la présidentielle de 2027.
Le débat reste sensible entre l'expression de liberté d'avis et le risque d'ingérence. Jean-Noël Barrot, chef de la diplomatie française, souligne qu'"exprimer un avis n'est pas synonyme d'ingérence" ; cette dernière étant réservée aux tentatives de manipulation de l’espace public.
Nathalie Loiseau insiste sur l'importance de l'éducation citoyenne, tout en condamnant les dérives de ceux qui se leurrent en croyant qu'on peut s'exonérer d'une responsabilité collective face aux manipulations.
Benjamin Haddad, par ailleurs ministre délégué à l’Europe, met en lumière des pratiques telles que l'achat de voix lors de la présidentielle de 2024 en Moldavie, qui ont coûté à la Russie l'équivalent d'une journée de guerre en Ukraine.
Ces ingérences sont perçues comme une "guerre du pauvre", selon Nathalie Loiseau, pour les pays tentant d'influer sur nos choix politiques. En France, 25 ingérences numériques étrangères ont été rapportées par Viginum pour 2024, mais leur impact a été limité, leur faible visibilité freinant leur effet sur le débat public.







