Un Internet limité, des inondations au Daghestan et des troupeaux décimés en Sibérie ; c'est dans ce contexte volatile que l'influenceuse Viktoria Bonya a récemment retenu l'attention. Dans une vidéo visionnée par des millions de Russes, elle a énuméré les frustrations croissantes du peuple, illustrant ainsi la perte d'adhésion à Vladimir Poutine. Selon un historien britannique spécialisé en Russie, cité par I Paper, ce message révèle un profond mécontentement qui s'étend au sein même du Kremlin, des hommes d'affaires aux généraux. Prendre refuge derrière le mythe du “bon tsar” devient décidément difficile.

Si les disputes entre influenceurs russes et propagandistes de la télévision d'État captent l'attention, derrière se cache un malaise politique qui grandit au sein des cercles proches du pouvoir. Dans une dynamique inquiétante, les voix critiques émergent tranquillement. L'influenceuse Bonya, expatriée, a adressé à Poutine un avertissement, insinuant que “le peuple a peur de vous, les artistes ont peur, les gouverneurs ont peur”, insinuant qu’il pourrait ne pas être bien informé des réalités du pays.

Les efforts de Bonya pour éviter d'attaquer directement Poutine évoquent un vieux mythe russe selon lequel les maux du pays sont à mettre sur le dos des “mauvais boyards”, et non sur celui du “bon tsar”, choisi par Dieu. Ce récit, longtemps exploité par Poutine, a perdu de sa force au fil des ans. Il n'incarne plus l'agent de solutions, mais est désormais perçu comme fatigué.

Poutine, dont la participation a diminué depuis la pandémie de Covid-19, continue de déplorer les crises sans jamais se remettre en question. Lors d'une réunion récente, il a évoqué le faible taux de croissance de l'économie, sans réaliser que cela découle en grande partie de la guerre qu'il a déclenchée.

Aujourd'hui, cette insistance à maintenir le mythe du “bon tsar” devient une manière pour certains de critiquer tout en conservant une certaine prudence. Des industriels expriment leurs doutes, tandis que des commentateurs avertissent que les vérités sur les pertes militaires sont cachées.

Un taux de popularité en chute libre

Un climat de désinformation s'installe au sein du gouvernement, exacerbé par le chef d'état-major, Valéri Guérassimov, qui annonce des victoires avant même qu'elles ne soient confirmées. Une partie de la population commence à croire que Poutine est mal informé, ou qu’il choisit d’ignorer les mauvaises nouvelles.

Les sondages reflètent cette tendance inquiétante, avec le centre VTsIOM indiquant une chute de popularité pendant six semaines consécutives, atteignant 66,7 %. Bien que ce chiffre puisse sembler relativement élevé pour un pays occidental, il représente le plus bas niveau depuis 2022. Le parti de Poutine, Russie unie, est également en chute, ne récoltant que 27,3 % dans les sondages.

Cependant, cette situation ne présage pas la fin imminente de son règne. L'absence d'une opposition réelle et la nature autoritaire de son contrôle rendent difficile toute transformation politique, même à l'heure où son autorité personnelle s'estompe.