L'ancien patron de la DGSE condamné pour complicité dans une affaire d'extorsion

Une condamnation qui soulève des questions sur l'intégrité des services secrets français.
L'ancien patron de la DGSE condamné pour complicité dans une affaire d'extorsion
Bernard Bajolet, ici en 2016, a dirigé la DGSE de 2013 à 2017. Photo Sipa/Nicolas Messyasz

Après une décennie d'attente, l'ancien directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Bernard Bajolet, a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Bobigny pour complicité dans une tentative d'extorsion. Ce jeudi, il a écopé d'une peine d'un an de prison avec sursis pour avoir validé une opération illégale contre Alain Dumenil, un homme d'affaires franco-suisse, accusé d'avoir escroqué les services secrets français.

Les faits remontent à mars 2016, lorsque Dumenil a été interpellé à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Les agents de police l'ont retenu sous le prétexte d'une vérification de passeport avant d'être confronté à deux agents en civil, dont l'identité n'a jamais été révélée, appartenant à la DGSE. Ces derniers lui ont demandé de rembourser 15 millions d'euros, sous des menaces voilées, en justifiant cela par une précédente escroquerie dont Dumenil aurait été responsable vis-à-vis des services.

Au cours de son procès, Bajolet a admis avoir approuvé la rencontre avec Dumenil, tout en affirmant qu'il n'avait pas prévu l'usage de moyens coercitifs. Cependant, le tribunal a jugé que les méthodes utilisées étaient jugées « choquantes » et « contraires à l'État de droit », remettant en question l'autonomie des agents dans une affaire aussi délicate. La cour a noté que de telles opérations, impliquant des fonctionnaires de l'État, sont soumises à un degré de responsabilité élevé.

Relevant de l'importance de cette affaire, David Charteau, expert en sécurité et ancien agent de renseignement, a souligné que « ce type d'incident jette une ombre sur l'intégrité des services de renseignement en France ». Selon lui, cela met en lumière des pratiques qui pourraient ne pas être conformes aux normes déontologiques attendues dans le cadre de la sécurité nationale.

En somme, la sanction prise à l'encontre de Bernard Bajolet ne sera pas inscrite à son casier judiciaire en raison de ses précédents états de service, mais elle reste un avertissement sur l'usage de la force et de l'intimidation au sein des institutions publiques. Il a également été condamné à verser 25 000 euros de dommages et intérêts à Alain Dumenil, dont 15 000 pour les souffrances endurées, alors que l'imbroglio judiciaire autour de cette affaire pourrait avoir des répercussions durables sur la réputation des services secrets français.

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