"Si c'est vrai, que Dieu nous protège" : au cœur de l'épidémie d'Ebola qui ravage la République démocratique du Congo (RDC), l'atmosphère se teinte de peur et de déni alors que les victimes s'accumulent.
Mongbwalu, une ville de 130.000 habitants située dans les collines verdoyantes du nord-est de la RDC, est épicentre d'une crise sanitaire sans précédent. La province de l'Ituri abrite cette zone de catastrophe, où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé à ce jour 10 décès confirmés, 900 cas suspects, et 220 décès classés comme suspects.
Dans les rues poussiéreuses, orpailleurs et commerçants circulent entre les provinces voisines. Les motos, souvent en mauvais état, empruntent les routes abîmées. L'Ouganda n'est qu'à une centaine de kilomètres, le Soudan du Sud à environ 200 kilomètres.
En l'espace de quelques semaines, la maladie se propage, touchant deux provinces voisines et causant des inquiétudes en Ouganda. Cette 17e épidémie est jugée "assez fulgurante" par le ministre de la Santé, et l'OMS a lancé une alerte internationale.
Au 24 mai, les autorités sanitaires rapportaient 322 personnes soupçonnées d'infection à Mongbwalu, avec 88 décès probables liés à Ebola. "La maladie existe", affirme Laureine Sakiya, 26 ans, habitante de la région. "Les autorités doivent nous apporter les vaccins." Cependant, elle ignore qu'aucun traitement ni vaccin n'est actuellement disponible contre le virus Bundibugyo, responsable de cette flambée épidémique.
- "Une histoire de cercueil" -
À l'hôpital local, un bâtiment au milieu de la végétation, les équipes de santé nettoient minutieusement avec une solution chlorée. Équipés de masques, lunettes et combinaisons, leur protection est intégrale. Les dispositifs de lavage des mains, sommaires, consistent en seaux en plastique, ce qui témoigne d'un manque d'organisation face à cette épidémie, qui pourrait être l'une des plus graves de l'histoire d'Ebola.
Les ONG, dont Médecins Sans Frontières (MSF), sont actives dans la région, fournissant des tentes pour isoler les patients. Florent Uzzeni, coordinateur de MSF, souligne depuis Bunia que la situation est" hors norme" et admet que les bilans officiels pourraient être gravement sous-estimés, en raison des capacités de tests très limitées.
À l'arrière de l'hôpital, les débris d'une tente d'isolement, brûlée la nuit précédente, sont visibles. Ce type d'incident n'est pas rare : lors des précédentes épidémies, la méfiance de la population a également conduit à la violence. Jonathan Imbalapay, président de la société civile de Mongbwalu, raconte que "au début, les gens pensaient qu'il s'agissait d'une histoire de cercueil".
Les enquêtes épidémiologiques montrent que le premier cas suspect est survenu à Bunia, avec la famille ayant rapatrié le corps d'un homme décédé dans de mauvaises conditions. Ce cercueil ayant été endommagé, certains ont suspecté une "maladie mystique". Des membres des autorités coutumières ont essayé de brûler ce cercueil, un phénomène courant dans certaines régions où le mysticisme est omniprésent.
Au départ, les tests de laboratoire avaient écarté Ebola, laissant ainsi la psychose se répandre, avant que des échantillons ne soient envoyés à Kinshasa pour confirmation. Adam Hussein, représentant des médecins traditionnels, s'inquiète des critiques niant l'existence de la maladie et appelle à respecter les mesures préventives.







