Quelles sont les véritables responsabilités derrière la tragique disparition et le meurtre présumé de la petite Lyhanna ? Alors que Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, convoque des procureurs ce lundi 8 juin au ministère de la Justice, le professeur émérite de criminologie Alain Bauer éclaire la situation dans "La Matinale".
Face aux répercussions de cette affaire, le ministère de la Justice s'efforce de analyser les dysfonctionnements ayant conduit à ce drame. Alain Bauer décrit le climat actuel de la justice française et comment les affaires de violences sexistes et sexuelles sont gérées. Il note : "Pour saisir la problématique du système judiciaire français, il suffit d'imaginer le fonctionnement chaotique des urgences hospitalières".
Ce constat implique aussi bien le ministère de la Justice que celui de l'Intérieur, qui, selon le criminologue, ne cherchent pas à corréler les plaintes reçues avec celles traitées, par crainte de dévoiler l'ampleur des classements sans suite.
Jean-Baptiste Marteau : Les procureurs vont prochainement se rendre au ministère de la Justice pour discuter avec leur ministre. Cela indique-t-il que ce sont eux qui portent la responsabilité de cette défaillance ?
Alain Bauer : Le ministre de la Justice, malgré l'absence d'instructions individuelles, assume des responsabilités politiques. Les procureurs, quant à eux, affirment avoir agi dans le cadre de leur mission, mais chacun selon sa propre interprétation des procédures.
Les plaintes, une fois reçues, sont souvent redirigées d'un tribunal à l'autre, laissant les affaires tomber entre les mailles du filet. Chacun respecte alors ses propres directives, mais ce manque de coordination nuit gravement à l'efficacité du système. Il est clairement visible que la justice est à un moment critique, où les processus sont rigides et inadaptés.
Est-ce à dire que, même en l'absence de fautes individuelles, le système mérite une refonte totale ?
Effectivement, j'ai souligné dans L'Opinion que le nombre croissant de plaintes, notamment celles révélées à la suite de mouvements comme MeToo, exerce une pression immense sur un système déjà surchargé. La déconnexion entre les affaires signalées par la police et leur traitement par les magistrats demeure préoccupante, tout comme l'absence d'outils modernes pour une gestion efficace des cas.
La tendance à classer les plaintes sans suite, souvent en raison des insuffisances de preuve ou des ressources, accentue cette situation. Parallèlement, il y a un afflux croissant d'affaires nouvelles, compliqué par une administration qui croule sous le poids de sa propre bureaucratie.
Cette réalité expose un système qui, même sans reproches individuels, ne peut fonctionner de manière optimale. La modernisation rapide du ministère de la Justice est indispensable, impliquant des experts et des innovateurs pour transformer profondément le paysage judiciaire. La justice apparaît aujourd'hui comme l’exemple parfait de bureaucratie inefficace, reléguant toute évolution à une lente agonie.
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