"Je suis témoin de quelque chose qui me préoccupe" : dans un entretien accordé à La Vie, la responsable de l'Inirr a fait part de ses craintes concernant les directions prises par la Conférence des évêques de France (CEF). Elle souligne que ces changements ébranlent les fondamentaux de ce qui avait été établi pour soutenir les victimes.
Marie Derain évoque le prochain terme de son mandat, qui s'achèvera le 31 août, et redoute que la réintégration du dispositif au sein de l'institution ecclésiale ne modifie l'essence même de son efficacité. Selon elle, cela menace l'indépendance fondamentale qui avait caractérisé l'Inirr, et remet en question la confiance des victimes.
Les évêques ont choisi pour lui succéder un modèle qui risque d'effacer la distance nécessaire entre les victimes et l'institution
Indépendance, la clé de voûte du dispositif
Le nouveau dispositif, lancé fin mars, oblige les victimes à passer par des cellules d'écoute dans les diocèses. Marie Derain estime que cette approche s'éloigne dangereux des principes d'indépendance qui faisaient la force de l'Inirr. "Les victimes doivent pouvoir s'adresser à un tiers extérieur, et non à l'institution qui a causé leur souffrance", affirme-t-elle.
Les critiques s'accentuent également sur le nom "Renaître" choisi pour le dispositif, considéré par Derain comme dotant d'une "dimension spiritualisante" qui entrave la nécessaire distance entre les victimes et l'institution. Elle insiste sur l'importance de mettre en place des filets de sécurité et une responsabilité collective pour éviter les dérives.
Propositions pour l'avenir
À quelques mois de la fin de son mandat, Marie Derain suggère que les responsables du futur dispositif aient l'opportunité de s'immerger dans le fonctionnement de l'Inirr. Elle souligne que même si certaines cellules d'écoute ont bien fonctionné, cela n'est pas généralisé, et que le processus de réparation ne doit pas être perçu comme une aide compassionnelle, mais comme une véritable reconnaissance de la souffrance des victimes.
Tout en garantissant que les victimes seront accompagnées dans les mêmes conditions que leurs prédécesseurs, elle appelle à une réflexion profonde sur la mise en place d'un dispositif réellement respectueux de l'indépendance, afin d'éviter toute répétition du passé.







