Une mobilisation impressionnante d'agriculteurs a eu lieu mardi à Strasbourg, ciblant l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur. Ce rassemblement vise à faire pression sur les députés européens, à la veille d'un vote concernant une saisine de la justice. Des centaines d'agriculteurs, parmi lesquels des Français, Italiens, Belges et Polonais, se sont réunis aux abords du Parlement européen, où leur afflux est prévu en fin de matinée.
Baptiste Mary, un agriculteur de 24 ans originaire de la Marne, exprime des craintes quant à l'importation de denrées alimentaires issues de pratiques agricoles différentes, marquées par des normes de sécurité inférieures à celles en vigueur en Europe. « L'agriculture ne pèse pas face au secteur automobile dans ces négociations », déplore-t-il, brandissant une pancarte qui questionne : « UE, veux-tu encore de tes paysans? »
Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, soutient que les agriculteurs ne comptent pas abandonner la lutte. Ils s'étaient déjà mobilisés à Bruxelles en décembre et s'estiment désormais plus déterminés que jamais. Un afflux de 600 à 700 tracteurs est attendu à Strasbourg, entraînant des difficultés de circulation. La sécurité est renforcée autour du Parlement, en pleine session plénière.
Environ 4 000 agriculteurs venus de toute l'Europe sont attendus, principalement des Français, à l'initiative du premier syndicat agricole national, la FNSEA. Les eurodéputés devront se prononcer sur une éventuelle saisine de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), une étape cruciale qui pourrait entraîner une reévaluation de l'accord si le verdict de la Cour est défavorable.
Emmanuelle Poirier, agricultrice dans la Creuse, redoute l'importation massive de viande ne répondant pas aux exigences françaises. Elle appelle les parlementaires européens à agir pour protéger l'agriculture locale. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, ajoute son soutien, espérant que la saisine sera effectuée.
Négocié depuis 1999, l'accord entre l'UE et les pays du Mercosur, qui englobe le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, pourrait créer l'une des plus vastes zones de libre-échange au monde. Toutefois, il suscite de vives inquiétudes, notamment la crainte d’une concurrence déloyale vis-à-vis de l'agriculture européenne, souvent soumise à des normes plus strictes. Selon M. Lapie, ce « troc » pourrait également impacter la sécurité alimentaire des citoyens.
Au-delà des enjeux liés à l'accord, les manifestants, soutenus par le Copa-Cogeca, s'inquiètent également de l'avenir de la Politique agricole commune (PAC) et demandent des réformes pour simplifier le processus administratif. Le lendemain du vote sur la demande de la justice, la pression sera également mise sur le Parlement, qui devra se prononcer sur une motion de censure visant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.







