Une proposition législative est en préparation pour étendre l'utilisation des titres-restaurant le dimanche et confirmer leur usage dans les supermarchés, suscitant la colère des représentants de la restauration traditionnelle.
«On est en train de faire crever notre profession.» Afin de dénoncer ces mesures, Franck Chaumès, président national de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), exprime son indignation. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a annoncé que les titres-restaurant pourraient désormais être utilisés le dimanche, en réaffirmant leur acceptation dans la grande distribution, une pratique introduite en 2022. Une réforme qui devrait être déposée cet été.
Alors que cette mesure pourrait sembler favorable à la restauration, les acteurs du secteur s'insurgent. «Le ministre nous laisse les miettes», s'est exclamé Frank Delvau, président de l'Umih Paris Île-de-France, au micro du Figaro. «La véritable évolution ici, c'est que le titre-restaurant est désormais considéré comme un titre alimentaire.» Cette transition inquière de nombreux restaurateurs. Fin 2024, 31,5% des dépenses en titres-restaurants étaient dirigées vers la grande distribution, laissant seulement 39,5% pour les établissements traditionnels, selon la Commission nationale des titres-restaurants (CNTR). Ce chiffre a grimper de neuf points en cours de deux ans.
Catherine Quérard, présidente du Groupement des hôtelleries et restaurations (GHR), interpelle : «Le fait de pouvoir les utiliser le dimanche ne suffira pas à endiguer cette tendance, d'autant que les supermarchés s'ouvrent aussi le dimanche.» Elle dénonce alors une «vraie injustice». «Le titre-restaurant est complètement dévoyé», acquiesce Franck Chaumès, qui souligne que cette réforme pourrait profiter à la grande distribution au détriment des établissements classiques. «Cela n'améliorera pas le pouvoir d'achat, car seulement 15% des Français bénéficient des titres-restaurant...»
Les représentants de cette profession envisagent donc d'écrire au ministre Serge Papin et réclament un nouvel entretien pour exposer leurs préoccupations. «Nous demandons au moins un double plafond de dépenses quotidiennes, qui ferait la distinction entre la grande distribution et la restauration traditionnelle.
Les débats autour de la TVA sont également sur la table. «Si vous achetez un sandwich chez nous, il est soumis à une taxe de 10%, alors qu'au supermarché, c'est seulement 5,5%. Nous avons averti Serge Papin : il y a de l'argent à récupérer !» Avec un climat de mécontentement croissant, Franck Chaumèsprévoit que davantage d'adhérents envisagent de «boycotter les titres-restaurant» pour exprimer leur ras-le-bol. «Ce sujet sera central pour les débats des présidentielles de 2027, souligne Frank Delvau. En essayant de satisfaire les préoccupations de pouvoir d'achat, ils lâchent du lest sur les titres-restaurant, tout cela sans véritable vision politique...
«Nous accumulons les obstacles depuis la crise du Covid-19», se désole Catherine Quérard, qui évoque aussi «le télétravail qui prive les restaurateurs d'une partie de leur clientèle.» Elle appelle le gouvernement à écouter ses préoccupations : «Serge Papin est peut-être le ministre du pouvoir d'achat, mais il ne doit jamais perdre de vue son rôle en tant que ministre du commerce.»







