"Ah bon, il y a des élections ?" Dans les quartiers nord de Marseille, beaucoup de résidents restent dans l'ignorance à deux mois des municipales prévues mi-mars, entre indifférence et désillusion.
"Pourquoi voter ?" s’interroge un homme d'une soixantaine d'années, baguette à la main, tandis qu'il s’en va dans un immeuble. Dans le 15e arrondissement, zone classée prioritaire où 44 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, Salim Siouani, professeur de lycée, souligne que "les gens sont découragés et pensent que leur vote n’a aucune valeur. Nous essayons de les convaincre du contraire".
Accompagné d'amis d'enfance, il mène des actions de porte-à-porte pour sensibiliser les habitants à l'importance de s'inscrire sur les listes électorales. Leur collectif, KGBS, regroupe quatre cités (Kallisté, Granière, Bourrely, Solidarité) et tente d'éveiller les consciences. Les délais sont serrés : les inscriptions en ligne se ferment le 4 février, celles en mairie le 6.
Avec des formules comme "Toc toc, ce n'est pas la police !", ils usent de divers stratagèmes pour être accueillis dans des grands ensembles où logements squattés et narcotrafic laissent des traces visibles. Mehdi, un jeune de 22 ans, admet n'avoir "jamais voté" et ne pas être au courant des élections à venir. "Chez nous, la politique n’est pas un sujet de discussion".
Son amie Carmen, 20 ans, partage un sentiment similaire, bien qu'elle reconnaisse l'importance de la voix des jeunes. Elle se propose de consulter les tracts du collectif fournissant des informations pratiques sur le vote, grâce à un QR code intégré.
"Votez Pierrette, Paulette ou Jacquette, mais votez !" exhorte Kader Benayed, porte-parole du collectif KGBS et représentant syndical à l'hôpital psychiatrique Édouard Toulouse. "Plus de 50 % d'abstention dans nos quartiers, c'est déplorable. On essaie de faire comprendre aux habitants qu'ils ont du pouvoir. Si vous êtes ignorés, c'est peut-être parce que vous ne vous exprimez pas en votant", soutient-il, tout en précisant qu'ils ne prônent aucun parti spécifique.
Louna, une ancienne styliste devenue agente d’entretien à Marseille, avoue la difficulté d'ouvrir sa porte à des inconnus. Elle n’a jamais demandé la nationalité française, mais assure que ses filles voteront. "Quand on possède un droit, il faut en faire usage. Trop de gens pensent que c'est inutile, mais ce désespoir devrait les inciter à voter !" dit-elle, déterminée à inciter ses amies à vérifier leur inscription.
Une jeune mère, voilée, témoigne qu'elle n'a pas encore trouvé le temps de s'enregistrer. "Et puis si c'est pour voter pour ne rien avoir..." dit-elle, pessimiste. Kader Benayed poursuit : "Il n’y a plus rien pour les jeunes dans ce quartier. Il n'y a même plus de médecin. Après une lutte d'un an, nous avons enfin obtenu le retour des bus tard en soirée à la cité de la Solidarité. C'est désespérant".
Face à cette situation, la Ville de Marseille a mis en place deux "mairies mobiles" pour faciliter les démarches administratives. Cependant, Sophie Roques, adjointe au maire, admet : "Pour l'instant, nous n’observons pas un afflux massif d'inscriptions pour les municipales".







