Dimanche, des milliers de personnes se sont réunies à Fleurance pour honorer la mémoire de Lyhanna, une enfant tragiquement disparue et retrouvée sans vie. Ce rassemblement a également jeté un éclairage accablant sur le traitement judiciaire des plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs, qui visent le principal suspect.
Le cortège, mené par les parents et le frère de Lyhanna, s'est élancé en portant une banderole qui proclamait : "Plus jamais ça ! On t'aime. Tu nous manques". Les visages, marqués par la tristesse, témoignaient de la gravité de la situation.
Les manifestants, vêtus de blanc et souvent avec des fleurs à la main, ont convergé vers la base de loisirs de Fleurance, point de départ de cette marche solennelle. Céline Camus, 41 ans, qui a dédié sa présence à la cause, a exprimé son angoisse personnelle : "Je suis une mère de famille et cela aurait pu arriver à mes enfants". Elle, elle-même victime de violences, a exhorté les jeunes filles à exprimer leur souffrance pour briser le silence.
Manola Martin, une retraitée ayant parcouru 50 kilomètres pour se joindre à l'hommage, a partagé son propre vécu de victime. Avec un t-shirt à l'effigie de Lyhanna, elle a dénoncé l'inaction de la justice, répétant que ces injustices continuent d'affecter des générations.
À Montestruc-sur-Gers, où vit le principal suspect, Jérôme B., le panneau d'entrée de la commune a été couvert d'un drap blanc avec des inscriptions dénonçant les violences sur mineurs.
Pour assurer la sécurité de l'événement, un dispositif de 150 gendarmes a été déployé, selon le lieutenant-colonel Christophe Romand.
- "Dysfonctionnement inacceptable" -
Jérôme B., le suspect de 41 ans, a déjà été mis en examen pour enlèvement et séquestration. Les enquêtes révèlent un tragique tableau de défaillances, avec quatre plaintes pour viols sur mineurs qui le concernent et une série de signalements étouffés par une lenteur administrative. Selon des sources judiciaires, malgré des accusations antérieures, il n’avait jamais été interrogé par les enquêteurs.
La colère face à cette situation se propage dans le Gers et au-delà. La procureure de la République d'Auch a révélé que certaines plaintes avaient été traitées avec un retard inacceptable. Jean-Pierre de l'Union syndicale des magistrats a souligné qu'il fallait éviter de tomber dans le piège d'un bouc émissaire, tout en reconnaissant l'importance d'examiner ces dysfonctionnements en profondeur.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a exprimé sa frustration face à la gestion de cette affaire et a présenté des excuses au nom de la justice à la famille de Lyhanna. Le président Emmanuel Macron, en visite en Monténégro, a également qualifié de "claire" la nécessité d'un examen minutieux des procédures judiciaires, déclarant : "Il n'y a pas d'arguments acceptables face à de telles tragédies".







