Jeudi dernier, le parquet a requis sept années de prison, avec mandat de dépôt lors de l'audience, contre un ancien dentiste de 61 ans accusé d'avoir pratiqué des interventions médicales injustifiées et mal réalisées, causant de graves mutilations à de nombreux patients en Lozère.
Le procureur Valéry Morron a durci ses propos à l'endroit du Dr José Pereira Mendes, jugé au tribunal correctionnel de Mende : "Il a exploité son expertise professionnelle et son statut de dentiste pour s'enrichir illégalement, au détriment de la santé de ses patients".
M. Morron a mis en exergue le fait que le praticien a dégradé la dentition de nombreux patients en un temps record, leur ôtant ainsi toute dignité par un "travail bâclé, inutile et dangereux". Il a aussi demandé l'interdiction définitive d'exercer la dentisterie et d'entrer sur le territoire français.
Les accusations portées contre M. Mendes, qui a exercé entre 2018 et début 2021, incluent des faits de violences suivies de mutilations, escroquerie, abus de confiance et blanchiment. Ces allégations sont soutenues par de nombreux témoignages de victimes.
"Arracher, implanter, facturer" serait selon l'avocate Catherine Szwarc, représentant les intérêts de près de 45 plaignants, le crédo du dentiste. Les victimes se sont succédé à la barre, décrivant des arrachages injustifiés de dents saines et la pose d'implants défaillants, entraînant des séquelles tant physiques que psychologiques.
Au total, 44 patients ont été identifiés comme victimes, bien que le chiffre pourrait être bien plus élevé. La sécurité sociale a détecté pas moins de 1.234 anomalies dans 131 dossiers, représentant un préjudice évalué à plus de 330.000 euros.
Daniela, 34 ans, a partagé son désespoir : "Avant, je préparais de la purée pour mes enfants ; maintenant, c'est pour mon mari de 41 ans, qui ne peut plus manger normalement". Anabela, 47 ans, explique avoir été traumatisée par le dentiste, après qu'il lui ait arraché toutes ses dents en raison d'un abcès, laissant sa fille Raquel désespérée.
Pierre, 54 ans, témoigne d'une opération fulgurante : "J'avais une dent de sagesse; en deux heures, il m’a arraché 14 dents. C'était une boucherie".
Un autre avocat, Me Michel Chomiac, a souligné l'absence d'une réelle prise de conscience de la situation catastrophique que ce dentiste a laissée derrière lui. Il a évoqué avec amertume le fait que cette affaire "illustre pourquoi une partie des Français évitent de consulter un dentiste".
Ce procès rappelle d'autres affaires notables, comme celle des dentistes marseillais condamnés récemment pour des faits similaires. Témoignant de la gravité des actes du Dr Mendes, le procureur a qualifié cette affaire d'"hors norme".
L'avocat de la sécurité sociale de Lozère a demandé une sévérité exemplaire pour un homme qui a prétendument détourné plus de 330.000 euros. L'ancien dentiste, qui risque jusqu'à dix ans de prison, est resté stoïque face aux réquisitions du parquet. Le verdict du tribunal est attendu dans la soirée, après la plaidoirie de la défense.







