Le Pr Haquet, chef de l'unité spécialisée dans l'accueil des enfants en danger au CHU de Montpellier, partage son expertise sur la nécessité de mieux écouter les enfants suite aux récents soupçons d'agressions sexuelles survenus dans une école et un centre de loisirs.
Des parents expriment leur frustration face au manque de communication de la mairie à propos de l'animateur périscolaire visé par ces accusations. Comment la conférence que vous avez animée mardi dernier a-t-elle répondu à leurs préoccupations ?
Il est essentiel d’impliquer les parents dans cette question. Nous avons fourni des pistes de réflexion pour les soutenir. Leur connaissance du phénomène des violences sexuelles peut varier. Au cours de notre échange, j'ai proposé des réponses générales, mais de nombreuses interrogations relèvent de la responsabilité de la mairie en tant qu'employeur, et je n'étais pas là pour m'immiscer dans leurs décisions.
Cette conférence pouvait-elle compenser le reproche de manque de communication ?
Ce n’était pas chose facile dans un tel contexte. L’objectif était surtout de fournir des outils pour aider les parents à appréhender un enfant qui pourrait avoir subi des abus. La priorité reste le bien-être de l’enfant et sa sécurité. J’espère avoir pu répondre à certains de ces besoins fondamentaux.
Aider à la résilience des enfants
Êtes-vous surprise par le faible nombre de parents présents à cet événement ?
Peut-être que cela reflète le fait qu’un nombre limité de parents se sente concerné, ou peut-être le sujet, trop anxiogène, n’a-t-il pas attiré l’auditoire. Les horaires ne sont jamais idéaux pour ce type de rendez-vous. J’avais demandé à mon équipe d’être là pour répondre à d’éventuelles manifestations d’angoisse, car le sujet est délicat. Peut-être les parents attendaient-ils des réponses plus concrètes dans un tout autre registre. Quoiqu'il en soit, j’ai saisi cette opportunité pour aborder des thèmes liés à l’éducation et à la résilience face aux violences. Il est regrettable que peu de parents aient engagé avec nous cette réflexion plus large.
Quel regard portez-vous sur le phénomène croissant des révélations autour des violences sexuelles dans le périscolaire en France ?
Cela traduit un changement positif dans notre société : nous commençons enfin à prendre pleinement conscience de l’urgence de la problématique des violences sexuelles. La vigilance s’accroît autour des paroles des enfants et de leurs comportements. Cette évolution montre que des progrès ont été réalisés dans le repérage et la prise en charge des victimes. J’ai d’ailleurs participé à une audition sur les jeunes auteurs de violences sexuelles ; ce phénomène est désormais mieux identifié, et des mesures adaptées sont mises en place. On observe que la pornographie, à laquelle de nombreux enfants sont exposés de plus en plus tôt, peut avoir un impact néfaste, et certains peuvent être tentés d'expérimenter ce qu'ils voient. Heureusement, il compte relativement peu de professionnels impliqués dans de telles actes de violence, car la plupart sont en contact avec les jeunes enfants. Néanmoins, des dispositifs visant à prendre en charge ces auteurs existent, comme avec le Criavs et l’équipe du Dr Lacambre. Par ailleurs, des avancées législatives sont en cours : depuis 2016, les antécédents judiciaires des professionnels travaillant auprès des enfants sont vérifiés, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Les parents, absents notables de la conférence sur les violences
Les parents étaient en effet les grands absents de la conférence qui s'est tenue le 5 mai, organisée par la Ville en partenariat avec le CHU, suite aux révélations d'agressions sexuelles présumées par un animateur périscolaire.
Tasnime Akbaraly, adjointe à la réussite éducative et à la petite enfance, a souligné « la mobilisation de la mairie. Nous souhaitons multiplier les formats d’échanges pour les parents intéressés. Dans les dix jours à venir, nous ferons un point sur l'avancée de notre demande de constitution de partie civile. Nous avons également échangé avec les autres villes touchées, comme Paris, pour faire évoluer nos pratiques de recrutement ».
La conférence sera prochainement disponible sur le site internet de la Ville.







