Des victimes d'inceste réclament l'imprescriptibilité des abus

Des voix s'élèvent pour abolir la prescription des crimes d'inceste.
Des victimes d'inceste réclament l'imprescriptibilité des abus
En 2024, plus d'une victime sur dix a déposé plainte pour des violences datant de plus de vingt ans. - Pascal Deloche/Godong/SIPA

« En tant que victime d'inceste, il n'existe aucune prescription pour notre souffrance. » Sacha, qui a subi des violences sexuelles de la part de son oncle à seulement cinq ans, a vécu une amnésie traumatique prolongée jusqu'à ses 30 ans. Ce n'est qu'après cette période qu'elle a souhaité porter plainte, seulement pour découvrir que le délai de prescription avait expiré. « J'ai ressenti cela comme une double peine, une nouvelle forme de déni de ma souffrance », a-t-elle confié à l'association Face à l’inceste, alors qu'un rapport parlementaire sur l'imprescriptibilité des violences faites aux mineurs doit être présenté très bientôt.

À l'heure actuelle, une victime de violences sexuelles subies durant son enfance dispose de 30 ans après sa majorité pour porter plainte, soit jusqu'à l'âge de 48 ans. Cependant, un grand nombre d'individus se trouvent toujours confrontés à cette pression liée à la prescription, la qualifiant d'« épée de Damoclès » et de « compte à rebours inquiétant ».

C'est dans ce contexte que trois députés ont proposé de rendre imprescriptibles les crimes sexuels commis sur mineurs, une suggestion qui reçoit un soutien indéniable de la part des citoyens, 90 % des Français étant en faveur de cette initiative, comme le révèle une étude menée par l'institut Ipsos.

« L'imprescriptibilité est une nécessité », affirme la députée Perrine Goulet, coautrice du rapport. « L'impunité ne doit plus exister. Il ne faut plus dire aux victimes qu'il est trop tard pour agir », insiste Solène Podevin Favre, présidente de Face à l’inceste, qui se bat depuis 25 ans pour cette réforme cruciale, motivée notamment par des cas tragiques dans son entourage.

Des témoins oubliés, des aveux ignorés

Les victimes de violences sexuelles dans l'enfance sont souvent confrontées à une amnésie, un mécanisme de défense face à des traumatismes insupportables. La psychiatre Muriel Salmona estime qu'entre un tiers et la moitié de ces personnes ne sont pas en mesure de porter plainte dans les délais impartis.

Charlie-Gaspard, à 53 ans, a fait face à une soudaine révélation lors d'une séance avec son psychologue, se remémorant des expériences traumatisantes datant de son enfance. Les cas comme le sien sont représentatifs d'une problématique plus large où de nombreux témoins émergent longtemps après les faits.

À ce jour, plus de 10 % des victimes ont engagé des poursuites pour des abus remontant à plus de vingt ans. Anaïs raconte avoir été abusée par son grand-père durant son enfance, un souvenir enfoui par la protection de son esprit jusqu'à son âge adulte.

L'évolution des mentalités, illustrée par les mouvements tels que #MeTooInceste, a également contribué à modifier la perception des délais de prescription. Depuis 1989, le point de départ de la prescription a été ajusté pour tenir compte des vulnérabilités des victimes.

Néanmoins, des situations demeurent difficilement compréhensibles. Par exemple, Aline, qui a des preuves écrites des abus de son père, se trouve dans l'incertitude face à l'inaction judiciaire.

Une urgence collective

De nombreuses associations, comme Mouv’enfants et le Collectif Enfantiste, soutiennent avec ferveur les propositions législatives visant à abroger la prescription pour les viols commis sur mineurs. Le ministre de la Justice a également exprimé des avis favorables envers ces réformes nécessaires.

La balle est désormais dans le camp des parlementaires. « Il est impératif d'agir », clame le député Arnaud Bonnet, soulignant l'importance cruciale de cette initiative pour garantir un accès à la justice pour toutes les victimes.

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