La Région Nouvelle-Aquitaine souffle ses dix bougies, marquant une réforme territoriale qui n'a pas pleinement accompli l'acte de décentralisation tant attendu. En 2016, l'initiative lancée par François Hollande, président de la République, a fusionné 22 régions en 13, entraînant une redistribution radicale des territoires.
C'est alors que l'ex-Aquitaine, unie aux régions Limousin et Poitou-Charentes, a donné naissance à une entité vaste de 84 036 km² représentant un huitième du territoire français et comptant plus de 6 millions d'habitants. L'idée était d'accroître l'efficacité administrative, mais les résultats escomptés se font toujours attendre.
"Il y avait une certaine hostilité d'être dans une Région Aquitaine qui n'aurait pas pris en compte l'arrivée de deux nouvelles Régions," analyse l'historienne Anne-Marie Cocula.
La création de la nouvelle région a été marquée par des négociations compliquées, où le périmètre a été dessiné à la hâte, laissant derrière lui des questions non résolues. Alain Rousset, président de la région depuis 1998, exprimait ses réticences face à une telle transformation, mais la Réforme a finalement vu le jour le 1er janvier 2016.
La Nouvelle-Aquitaine, héritière d'Aliénor
Cet amendement territorial a rappelé l'ancien duché d'Aliénor d'Aquitaine, dont l'héritage historique est mis en avant par Anne-Marie Cocula. Pour conférer une identité à cette région, le nom d'Aliénor avait un temps été envisagé, mais a rapidement été écarté en raison des controverses symboliques qui l'entouraient.
La région a dû composer avec des difficultés inattendues, notamment une dette de près de 111 millions d'euros laissée par Poitou-Charentes sous la direction de Ségolène Royal, illustrant ainsi l'ampleur des défis budgétaires qui allaient suivre. Selon des experts, le manque de transparence sur ces comptes a compliqué la mise en place d'une gestion efficace.
Une gestion à repenser
Trois ans après sa création, un rapport de la Cour des comptes indiquait que les économies tant attendues n'étaient toujours pas au rendez-vous. Au fil des ans, le paysage politique a évolué, affichant des ambitions nouvelles face aux défis environnementaux, en particulier concernant les projets de transport comme la LGV Bordeaux-Toulouse.
"La Nouvelle-Aquitaine est la plus active en matière d'innovation," déclare Alain Rousset.
Même si la région dispose d'un budget de 3,3 milliards d'euros, son rôle stratégique dans la prise de décision et la détermination des priorités a été renforcé, compenseant en partie le retrait de l'État.
Les récents partenariats avec des associations comme les Restos du cœur pour la formation des bénéficiaires montrent une volonté d'inclusion et d'anticipation des besoins futurs. Cependant, Alain Rousset reste critique quant à l'autonomie fiscale de la région, plaidant pour plus de pouvoirs afin d'éviter les situations où les régions sont utilisées comme "cible privilégiée" pour la résorption des dettes d'État.
Conclusion
En cette décennie, malgré des avancées significatives, la Nouvelle-Aquitaine n'échappe pas à un sentiment d'inachevé. La recherche d'une plus grande autonomie et une régionalisation claire demeurent des enjeux fondamentaux pour le développement futur. Comme le souligne Rousset, "ce pays avait besoin d'un approfondissement de la décentralisation, qui n'est pas encore une réalité. La souveraineté de la région doit être renforcée pour qu'elle puisse pleinement accomplir sa mission".







