Alors que l'échéance de 2027 inquiète les dirigeants, Élodie Baussand souligne l'importance de recentrer notre attention sur le travail tel qu'il est exercé réellement. Ce travail, souvent perçu comme une abstraction, doit être discuté non seulement sous l'angle économique, mais aussi social, afin de renforcer notre cohésion sociale.
Il est temps d'abandonner les discours désincarnés qui entourent le travail. Les défis actuels – tensions sur le marché de l'emploi, réforme des retraites, inflation – doivent nous pousser à reconsidérer le travail au sein de nos sociétés. Telles sont les préoccupations exprimées par de nombreux experts, parmi lesquels le sociologue Pierre Bourdieu, qui a toujours plaidé pour une approche sociologique du travail.
Une réalité à laquelle nous devons faire face
Face à près de 370 000 postes vacants en France et un taux d'engagement des salariés qui n'atteint que 8%, il est désormais crucial de briser le silence sur les conditions de travail. Comme l'a souligné un récent rapport de l'INSEE, l'engagement professionnel est à la baisse, illustrant une fracture croissante entre les élites et la classe ouvrière.
Nous avons collectivement laissé de côté la question essentielle du travail authentique. La pandémie nous a rappelé l'importance des professions souvent négligées – agents de maintenance, aides-soignantes, chauffeurs-livreurs. Ces métiers, sans lesquels aucune économie ne peut tenir, doivent être reconnus à leur juste valeur pour construire une société plus équitable. En effet, comme mentionné par le sociologue Arnaud Mercier dans sa dernière publication, le travail est un baromètre de notre bien-être collectif.
Placer la reconnaissance au cœur des priorités
Pour y parvenir, il est crucial de replacer la reconnaissance au centre de nos préoccupations. Ce n'est pas seulement une question de salaires, bien que ceux-ci soient naturellement importants, mais également une question de respect, d'impact et d'autonomie. Les entreprises doivent évoluer vers une culture managériale où chaque métier est valorisé et où les savoirs tacites sont partagés dans de réels espaces de dialogue.
Ce retour à une réalité professionnelle tangible n'est pas un luxe ; c'est une nécessité face aux transformations rapides de notre marché de l'emploi. Les entreprises doivent adopter des pratiques qui prennent en compte le vécu des employés, en leur offrant des espaces de dialogue intégrés où ils peuvent contribuer à la définition de leur travail.
Les enjeux de la démocratie et de l'innovation
Finalement, réfléchir au travail doit se faire à hauteur de journée. Les anciennes métriques de performance ne suffisent plus. Il serait bénéfique de demander aux dirigeants et responsables d'entreprise combien de temps ils passent réellement sur le terrain. Les résultats pourraient être révélateurs, comme le note le rapport de l'Observatoire du dialogue social.
Pendant trop longtemps, la question du travail a été une sorte de fantasme, un sujet évité tant qu'il ne touchait pas les cadres supérieurs. Il est temps de corriger cette vision et de reconnaître le travail pour ce qu'il est : une infrastructure fondamentale de notre démocratie, de notre innovation et de notre cohésion sociale. Saisissons cette opportunité de transformation.







