Nouveaux désaccords au sein du Parlement français : alors qu'une première réforme avait été abandonnée face à la forte opposition des syndicats, le gouvernement s'apprête à présenter, ce mardi au Sénat, un projet visant à clarifier la possibilité pour les boulangers et fleuristes d'ouvrir et de faire travailler leurs employés le 1er Mai.
Pour certains, il s'agit d'une initiative sensée, tandis que d'autres y voient une menace envers un jour férié historique, symbolisant la lutte pour les droits des travailleurs. La tension monte déjà à la chambre haute, comme en témoigne la mobilisation de près de 300 militants de la CGT, de la FSU, de Solidaires et de FO, rassemblés devant le Sénat pour exprimer leur désaccord. Une journaliste de l'AFP a constaté cette manifestation juste avant l'ouverture des discussions.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a qualifié les intentions du gouvernement de "petits calculs politiciens", prétendant que ce projet de loi profiterait davantage aux grandes chaînes de distribution qu'aux artisans locaux. Selon elle, les bénéficiaires seraient des géants comme Interflora ou des chaînes de boulangeries telles que Paul ou Marie Blachère, plutôt que les boulangers indépendants.
Le débat a pris un tournant politique observable, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de la Renaissance Gabriel Attal s'étant chacun manifestés dans une boulangerie le 1er Mai dernier pour défendre la "liberté de travailler". C’est sous cette bannière que le gouvernement revient devant le Sénat avec un projet de loi destiné à apporter des précisions juridiques.
Le texte proposé par Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, stipule que les artisans boulangers-pâtissiers et fleuristes pourraient faire appel à leurs employés ce jour-là, sous réserve d'un accord de branche qui établisse les conditions de volontariat et de rémunération.
Cette initiative fait suite à l'échec d'une précédente proposition, jugée trop large par les syndicats et la gauche, que le gouvernement avait finalement décidé de retirer pour ne pas aggraver les tensions. Le 1er Mai, traditionnellement un jour chômé et payé, est déjà sujet à des interprétations, le Code du travail permettant aux établissements incapables de suspendre leurs activités de travailler leurs salariés, avec une rémunération doublée.
La situation a été compliquée par des contrôles récents dans les boulangeries, débouchant sur des amendes, relançant ainsi le débat. Olivier Henno, rapporteur du texte au Sénat, a souligné que ce projet ne fait que "poser un premier pas" et a exprimé sa frustration quant à la restriction du texte aux seuls boulangers et fleuristes. Il a également avoué sa conviction qu'une extension à d'autres secteurs tels que ceux de l'alimentation et de la culture serait bénéfique.
Par ailleurs, des professions comme la boucherie et la poissonnerie craignent une "rupture d'égalité" et se sont prononcées pour une inclusion plus large. Néanmoins, le Sénat semble déterminé à limiter la dérogation aux boulangeries et fleuristes.
La CGT a dénoncé ce projet, le considérant comme une tentative de banaliser le travail le 1er Mai, profitant principalement aux grands groupes. Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, a mis en garde sur les conséquences potentielles d'une telle modification, s'inquiétant d’une "brèche" qui pourrait être exploitée pour élargir ces dérogations à d'autres secteurs.
De son côté, Patrick Kanner, leader des sénateurs socialistes, a exprimé son indignation face à ce qui ressemble, selon lui, à une atteinte au seul jour chômé et payé. Le Sénat, majoritairement soutien de la droite et des centristes, devrait adopter le projet sans difficultés majeures. En revanche, les discussions en Assemblée nationale peuvent être plus tumultueuses. L’ambition reste d'obtenir une approbation définitive avant le 1er mai 2027.







