Alors que les électeurs se disent très favorables aux primaires, il semblerait paradoxal que la prochaine présidentielle se tienne sans un candidat ayant fait ses preuves au travers d'une compétition. L'idée de recourir aux sondages pour départager les candidats au sein d'un même camp émerge, mais les sondeurs émettent des réserves quant aux conséquences de cette approche.
Selon un sondage récent, une majorité des électeurs expriment une envie de primaires, notamment au sein du bloc central. Cependant, Céline Bracq d'Odoxa souligne : «C'est une mauvaise idée qui ne fonctionnera pas». Cette opinion résonne profondément, car elle rappelle les échecs des candidatures à l'instar de celles de Valérie Pécresse en 2022 ou Ségolène Royal en 2007, qui n’ont pas réussi à capter pleinement l’intérêt public sans une compétition interne solide.
La question se pose : quelle légitimité aurait un candidat sélectionné par des sondages ? Bruno Jeanbart de OpinionWay déplore que «les partis politiques abandonnent leur rôle principal, celui de sélectionner des candidats». Des experts comme Brice Teinturier (Ipsos) vont même jusqu’à affirmer que cela représente «le symptôme de l'affaiblissement considérable du politique».
Cela révèle une vérité troublante : «En dehors des extrêmes, il n'y a aucune personnalité qui s'est imposée depuis 2022 comme candidat naturel», explique Jean-Daniel Lévy de Harris Interactive. Le constat est frappant : les partis semblent manquer d’une stratégie claire alors qu'une élection se profile depuis plusieurs années.
Certains sont sceptiques, comme Frédéric Dabi (Ifop), qui remet en question la pertinence des sondages à un horizon aussi éloigné, tandis que Jeanbart ajoute que l'intérêt des électeurs ne s'éveille souvent qu'à l'approche de l'élection.
L'histoire regorge d'exemples de retournements spectaculaires dans les sondages, tels que celui de 1995 entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, où la dynamique de campagne a joué un rôle clé. Dès lors, la question demeure : «Est-ce que je peux préjuger des enjeux de la campagne ?», conclut Lévy.
Les sondeurs supportent l'idée que les sondages peuvent être des outils démocratiques temporuels, mais ils rappellent que «cela ne remplace pas le processus politique actif de sélection des candidats». En effet, des exemples comme celui de Valérie Pécresse démontrent qu'une primaire offre non seulement un cadre compétitif, mais aussi une visibilité médiatique cruciale.
Certains craignent que des primaires ne favorisent les candidats les plus radicaux. Toutefois, l’expérience de 2011, où François Hollande triompha lors des primaires socialistes, prouve que même en période de division, une élection ouverte peut mener à une sélection favorable au meilleur candidat.
A terme, les sondages auront sans doute leur rôle à jouer, mais comme l'affirme Bracq, «ce ne peut être le seul» critère décisif pour les électeurs. La route vers 2027 s’annonce semée d’obstacles, et le défi pour les partis sera de raviver leur légitimité tout en respectant les envies profondes de leur électorat.







