La récente décision de l'Assemblée Nationale, qui a voté en première lecture une loi permettant potentiellement à l'Alsace de quitter la région Grand-Est, suscite des réactions variées. Frédéric Bierry, président de la Collectivité Européenne d'Alsace (CEA), exprime son enthousiasme : « C'est une première étape historique. » Le projet de loi vise à conférer des prérogatives régionales à cette communauté créée suite à la fusion des conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin en 2020.
Philippe Breton, directeur de l'Observatoire de la vie politique en Alsace (OVIPAL), avertit cependant que le chemin est encore long avant une mise en œuvre effective. « La CEA pourrait devenir Alsace d'ici 2028, mais le texte doit d'abord être ratifié par le Sénat et ensuite retravaillé, » souligne-t-il.
Si le projet semble susciter des tensions au sein de la collectivité régionale, notamment avec un président champenois défavorable, il semble en revanche être indifférent pour une partie des Alsaciens. Martin, un Messin vivant à Strasbourg, ne cache pas son agacement : « Pourquoi revenir sur des décisions prises il y a dix ans ? C'est l'autonomie qui pose problème, pas l'appartenance régionale. »
This sentiment d'apathie est partagé par Perrick, un étudiant de l'Université de Mulhouse, qui ne connaît même pas les détails du projet de loi : « À 19 ans, d'autres préoccupations comme le prix du carburant sont bien plus pressantes, » dit-il.
Quand l'identité régionale polarise les opinions
À l’opposé, Hubert, un septuagénaire de Wasselonne, suit de près la question : « La disparition de l’Alsace en 2016 a été douloureuse. Je suis heureux que ce sujet ressurgisse, » déclare-t-il, se réjouissant du retour éventuel du drapeau alsacien sur les maisons locales.
Pour d'autres, comme Evelyne, originaire de Ribeauvillé et épouse d'un ardent partisan du mouvement indépendantiste Unser Land, l'idée d'une Alsace autonome soulève des désaccords familiaux : « Je pense que région rime avec unité, pas isolement. »
Si la loi passe, une consultation citoyenne parmi les 1,8 millions d'Alsaciens pourrait être envisagée. Philippe Breton prédit que le soutien à une région Alsace sera élevé, se basant sur un sentiment d'appartenance fort. « La question des compétences n'est pas essentielle pour eux, mais un retour à une Ligue de football alsacienne pourrait stimuler cet intérêt, » conclut-il, proposant une façon de galvaniser les Alsaciens autour de leur identité régionale.







