Depuis la nuit du 30 au 31 janvier, la RN20 est complètement bloquée entre Ax-les-Thermes et L'Hospitalet-près-l'Andorre à la suite d'un éboulement spectaculaire. Près de cent mètres cubes de roques se sont écroulés sur la chaussée, isolant ainsi deux communes de la Haute-Vallée de l'Ariège et entraînant des conséquences majeures pour les habitants et l'économie locale.
Au cours de la nuit du 30 au 31 janvier, de gigantesques blocs de pierre se sont détachés, causant un véritable chaos. Environ 100 mètres cubes de débris se sont déversés sur la route, endommageant gravement la glissière de sécurité et rendant l'axe totalement impraticable. La situation est qualifiée par la préfecture d'Ariège de "rare et exceptionnelle".
Habituellement empruntée par près de 9 000 véhicules par jour, la RN20 est désormais fermée dans les deux sens entre Ax-les-Thermes et L'Hospitalet-près-l'Andorre, et la réouverture ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois. Les communes de L'Hospitalet-près-l'Andorre et de Mérens-les-Vals se trouvent donc complètement coupées du reste du département. Bien qu'une voie de secours ait été aménagée, elle est réservée aux urgences vitales, rendant tout autre déplacement impossible.
Dans cette commune enneigée, Christian, technicien en télécommunications, a relaté sa longue odyssée pour rejoindre Ax-les-Thermes, situé à seulement 15 kilomètres. Il doit désormais passer par Perpignan, Narbonne et Carcassonne, pour un trajet de trois heures et demie, voire quatre, au lieu d'une demi-heure habituellement.
Le train comme unique lien, mais un service peu fiable
Pour les résidents, le rail demeure l'unique alternative. La ligne TER a été renforcée avec cinq allers-retours quotidiens, mais la fiabilité de ce service est précaire. Une habitante de Mérens-les-Vals a partagé une expérience chaotique : "Samedi, nous avons eu une grève, sans trains. Dimanche, le premier train, surnommé 'le fantôme', est arrivé avec 45 minutes de retard. C'est très aléatoire." En cas d'urgence médicale, les solutions sont tout aussi peu satisfaisantes. Le préfet a rappelé à la SNCF son obligation de maintenir un service de train fiable, tous les jours.
Une catastrophe économique pour la région
Au-delà des soucis quotidiens, la fermeture de la RN20 a un impact économique dévastateur. La Compagnie des Pyrénées, qui produit des bouteilles d'eau, est à l'arrêt depuis dix jours. Bien que le personnel ait pu reprendre partiellement le travail, le transport des produits vers leur dépôt à Toulouse est compromis. "Nos installations n'ont pas été frappées par l'éboulement, mais on ne peut pas acheminer nos marchandises", a souligné Stéphane Andrieux, directeur du site. Il estime les pertes à environ 40 000 euros par jour, malgré un stock de quatre millions de bouteilles disponibles jusqu'à fin mars. La perspective d'une route fermée plus longtemps suscite de vives inquiétudes.
Appels à un fonds d'urgence par élus et commerçants
Sur le quai de la gare d'Ax-les-Thermes, Jean-Pierre Sicre, maire de Mérens-les-Vals, a constaté l'ampleur des dégâts. "C'est énorme. Des impacts touchent l'agriculture et deux groupements agricoles. Les abattages sont compliqués", a-t-il indiqué. Arnaud Diaz, maire de L'Hospitalet-près-l'Andorre, a alerté sur la situation alarmante des commerces de proximité qui enregistrent jusqu'à 85 % de pertes de chiffre d'affaires en seulement dix jours. Il insiste sur la nécessité de débloquer rapidement des fonds d'urgence.
Les élus et les représentants des entreprises cherchent des solutions pour anticiper les mois à venir. À la Compagnie des Pyrénées, les horaires de travail sont adaptés en fonction des trains. "On s'adapte comme à l'époque", a plaisanté Stéphane Andrieux. L'espoir d'un rétablissement de certaines livraisons via le rail demeure. En attendant, pour les habitants de la Haute-Vallée, le train représente plus que jamais un lien vital avec le monde extérieur.







