Alors que les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran stagnent depuis le début de la trêve instaurée le 8 avril, un éventuel accord pour mettre fin aux hostilités commence à se dessiner. Cependant, il est encore trop tôt pour prédire les concessions des deux parties. Nous avons consulté notre expert pour cerner les enjeux envisageables. Propos recueillis par Jean-Baptiste Roques.
Causeur. Après quarante jours de combats et près de soixante jours de cessez-le-feu, quand et comment le conflit entre les États-Unis et l’Iran pourra-t-il prendre fin ?
Gil Mihaely. Ce qui rend ce conflit si complexe, c'est son asymétrie. D'un côté, Washington, à la tête de l'armée la plus avancée sur le plan technologique, disposant d'un immense réseau de renseignement et de ressources financières considérables. À ses côtés, Israël, une puissance militaire et économique régionale. De l'autre, Téhéran, dont l'armée de l'air est limitée et dont les fondations économiques sont en déliquescence, se trouve contraint d'adopter une approche de guérilla à grande échelle contre ses adversaires.
Une guérilla, vous dites, mais cela inclut des missiles balistiques et un blocus maritime…
Effectivement, la République islamique, dans une large mesure contrôlée par les Gardiens de la Révolution, a opté pour une forme de triple prise d'otages : celle de son propre peuple, dont une grande partie aspire à la chute du régime ; celle des pays du Golfe, exposés à des attaques et vulnérables face à leur propre défense ; et enfin, celle de l'économie mondiale, déjà fragilisée par les tensions dans le détroit d'Ormuz. Face à un tel dilemme, la négociation, bien que délicate, semble parfois être la seule option envisageable.
Il existe donc des discussions entre l'Iran et les États-Unis, mais aussi avec les pays du Golfe. Quelle issue se profile ?
Il semble qu'un accord fragile pourrait émerger, un arrangement dans lequel la République islamique pourrait se présenter comme le vainqueur, ayant résisté à la pression interne et externe, tout en préservant ses capacités stratégiques et renforçant son pouvoir.
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Si cela se produit, cela signifierait un échec pour les objectifs affichés par Donald Trump et Benyamin Netanyahou, n'est-ce pas ?
Effectivement, les États-Unis et Israël ne pourront pas revendiquer la suppression du régime des Gardiens de la Révolution ni l'abandon du programme nucléaire iranien à l'issue de ces négociations. Leur intervention militaire, lancée le 28 février, visait principalement à retarder les progrès du programme nucléaire et à réduire le nombre de missiles iraniens perçus comme menaçants. S'ils n'avaient pas agi, nous aurions atteint un point de non-retour concernant les installations nucléaires iraniennes, alors en passe de devenir inaccessibles. Il est crucial de comprendre cette urgence pour saisir la logique derrière l'opération israélo-américaine.
Pourtant, n'aurait-il pas été plus sage d'adopter une stratégie moins erratique ?
Personne ne peut affirmer qu'une autre approche aurait conduit à une meilleure situation. Ce conflit doit être interprété comme le dernier chapitre d'une longue guerre débutée en 1979, lorsque l'Iran a déclaré les États-Unis et Israël comme ses ennemis idéologiques. Au regard de cette perspective, les exigences iraniennes demeurent immuables – appeler au retrait américain de la région et œuvrer à la destruction de l'État d'Israël – rendant les cessez-le-feu uniquement temporaires. Les guerres froides, comme l’histoire nous l’a montré, ne mènent que très rarement à des compromis durables. Comme le souligne un analyste des affaires internationales, nous savons tous comment cela finit.







