Le projet de décret visant à réguler les marges des distributeurs de carburants soulève des critiques vives au sein du secteur, notamment parmi les stations-service indépendantes. Francis Pousse, représentant de ce segment, a exprimé sur RTL son inquiétude quant à la complexité du mécanisme proposé, tandis que les grands distributeurs demandent une révision de cette mesure.
Cette initiative gouvernementale, conséquence de la flambée des prix à la pompe, a pour but d'« éviter des effets d'aubaine », comme précisé dans le document de présentation qui sera discuté au Conseil national de la consommation. En effet, elle autoriserait le gouvernement à plafonner les marges des distributeurs, sans toutefois établir une limitation stricte des prix à la pompe, qui restent soumis aux fluctuations du marché des produits raffinés.
Dans une lettre adressée au Premier ministre, que l'AFP a pu consulter, les dirigeants des plus grands distributeurs qualifient le projet de « techniquement défaillant et économiquement déséquilibré ». Thierry Cotillard, à la tête du Groupement Mousquetaires/Intermarché, a également critiqué cette décision prise dans l'urgence, soulignant l'absence de concertation avec les acteurs concernés.
Les contrôles gouvernementaux et l'absence de problème sur les marges
Les petites stations-service partagent également leurs préoccupations. Francis Pousse, président du syndicat Mobilians, a fait savoir qu'il était « surpris » par l’initiative. Selon lui, les récentes vérifications n'ont pas mis en évidence de problèmes significatifs concernant les marges.
Il souligne que le mode de calcul proposé, basé sur une moyenne sur cinq jours, ne correspond pas à la réalité du marché, risquant de perturber la rentabilité hebdomadaire ou mensuelle des exploitants. « Nous cherchons la transparence, mais pas une mesure qui compliquerait la gestion quotidienne », a-t-il affirmé.
Le projet stipule que le prix de vente autorisé prendrait en compte la moyenne des prix sur les cinq jours précédents, une approche qualifiée d'inadéquate par les distributeurs, qui craignent de devoir vendre à perte.
Les distributeurs et leur liberté d'entreprendre
Les principaux distributeurs français, dont Carrefour et Leclerc, dénoncent les risques liés à cette régulation, évoquant une possible entrave à leur liberté d'entreprendre et une transmission ralentie des baisses de prix aux consommateurs. Selon eux, la compensation de la baisse ne pourrait que ralentir l'objectif initial.
Francis Pousse évoque également que, historiquement, la marge dans ce secteur est de 1 à 3 centimes par litre, affirmant que les pompistes, en bout de chaîne, ne sont en rien responsables de cette hausse des prix dont ils souffrent également. « Nous subissons les conséquences, nous ne sommes pas des profiteurs », a-t-il ajouté.
Quelles solutions face à l'augmentation des prix ?
Pour Pousse, la solution à la flambée des prix est liée aux enjeux internationaux, et non à la régulation des marges. La grande distribution propose de suspendre la collecte des certificats d'économie d'énergie, un élément qui pourrait réduire le prix du carburant de 15 à 20 centimes par litre. Toutefois, cette suspension soulève des questions quant à son impact sur le financement des initiatives écologiques et des projets de rénovation énergétique, comme l’a souligné Pousse.







