Alors que le conflit se prolonge au Moyen-Orient, la Chine et le Pakistan se positionnent comme des acteurs clés en proposant un plan de paix en cinq points pour mettre fin à la guerre en Iran. Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l'Iris, examine cette stratégie chinoise.
Quel lien unit la Chine et l'Iran aujourd'hui ?
Cette relation, qui remonte à la Route de la Soie, a évolué au fil des décennies. Reconnaissant le régime du Shah en 1972, la Chine a par la suite apporté un soutien conséquent à la République islamique depuis la guerre Iran-Irak des années 1980, développant ainsi une dette morale envers Téhéran.
Les sanctions occidentales ont favorisé l'essor économique de la Chine en Iran. De grandes entreprises comme Sinopec dominent le secteur pétrolier, tandis que les forces armées iraniennes sont équipées de technologies chinoises. En 2021, un accord commercial bilatéral de 400 milliards de dollars a renforcé ce partenariat, et l'intégration de l'Iran dans l'Organisation de coopération de Shanghai en 2023 confirme cette dynamique.
Quelle posture la Chine adopte-t-elle dans le conflit actuel ?
La Chine reste prudente, souhaitant ne pas contrarier les États-Unis tout en dénonçant les violations du droit international. Sa retenue s'explique par un manque de capacités militaires face à Washington, et par une volonté de préserver son image de puissance respectée. Selon Lincot, « la Chine essaie d'éviter une escalade qui nuirait à tous, tout en préparant des corridors sécurisés pour le passage de supertankers au détroit d'Ormuz ».
Pourquoi Pékin veut-il jouer les médiateurs ?
Depuis le 31 mars, Chine et Pakistan ont lancé un appel à la paix pour négocier un accord en cinq points. Bien que cela n'ait pas encore d'impact direct, cela montre l'intention de Pékin de s'impliquer dans la résolution de ce conflit.
Quels bénéfices stratégiques la Chine peut-elle espérer ?
Actuellement, la crise fragilise les intérêts chinois puisque 20 % de ses hydrocarbures proviennent de l'Iran. Cependant, la Chine a développé des réserves stratégiques, ce qui réduit sa vulnérabilité par rapport aux approvisionnements énergétiques. En parallèle, la Chine se tourne vers des solutions énergétiques plus diversifiées, intégrant des projets de développement durable comme les centrales nucléaires et les énergies renouvelables.
Ce conflit pose également un défi au projet ambitieux des Nouvelles Routes de la Soie, qui dépend de l'Iran pour relier le monde arabe à l'Asie centrale. Cependant, la Chine dispose de plusieurs alternatives pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques, via des couloirs comme le corridor sino-pakistanais.
Ce conflit renforce-t-il la position de la Chine face aux États-Unis ?
Visiblement, cette crise affaiblit les États-Unis qui semblent avoir des difficultés à gérer plusieurs fronts simultanément. Les diplomates chinois, opportunistes, observent la situation avec satisfaction. Lincot suggère que si les États-Unis poursuivent leurs objectifs de changement de régime en Iran, cela pourrait tourner en faveur de la Chine, minimisant leurs propres pertes dans la région.







