Depuis les années 50, l'Espagne a connu un essor fulgurant grâce à son modèle "Sol y playa", synonyme de vacances abordables au soleil. Cette stratégie a permis d'attirer des millions de visiteurs, atteignant 97 millions de touristes en 2025. Cependant, la croissance commence à montrer des signes d'essoufflement, avec une hausse de seulement 2 % en 2025, contrastant avec les 10 % et près de 19 % des années précédentes.
Le quotidien El Pais avertit que l'objectif d'atteindre 100 millions de touristes est un "voeu pieux" pour l'Espagne, soulignant les effets d'un modèle basé sur le tourisme de masse qui commence à se fissurer.
L'augmentation des dépenses touristiques, qui a progressé de 7 % pour atteindre 126 milliards d'euros, contraste avec le nombre de visiteurs. Cela témoigne d'une stratégie de montée en gamme, comme l'indique le ministère du Tourisme qui proclame son engagement envers un nouveau modèle plus durable. "Nous privilégions la qualité à la quantité", souligne le ministère.
Les défis du tourisme de masse
Le secteur touristique espagnol, représentant 15 % du PIB, évolue dans un contexte difficile. La population commence à se montrer critique, notamment face à la saturation des logements et à l'impact écologique du tourisme. Patrick Ballester, enseignant-chercheur, explique que l'Espagne doit naviguer entre l'image de destination accueillante et la réalité des effets néfastes du surtourisme.
"Cette tendance inclut un nouveau modèle visant à décentraliser et diversifier l'offre, tout en gérant les flux touristiques".
Le tourisme de masse, bien ancré depuis des décennies, confronte l'Espagne à des défis tels que le changement climatique, qui impose un changement urgent de cap. L'adoption de nouvelles réglementations s'avère souvent complexe, face aux pressions des acteurs touristiques majeurs. Certaines régions, comme les Baléares, tentent de résister à la pression des grands tours opérateurs, qui exercent une forte influence sur les politiques locales.
Vers une diversification du modèle
Alors que le modèle "Sol y Playa" s'efface progressivement, l'Espagne opte pour la stratégie "Más que mar" (plus que la mer). Cela implique d'explorer des activités en dehors des sentiers battus et d'inciter les visiteurs à découvrir le patrimoine intérieur, tout en maintenant l'attractivité côtière. Patrick Ballester souligne que cette diversification répond à un nouveau profil de touristes disposés à investir davantage pour vivre des expériences culturelles.
"Le but est d'attirer des clients plus engagés, intéressés par la culture et l'expérience".
Ce tournant est déjà visible avec une augmentation considérable des hôtels de luxe et des stations balnéaires adaptées. Néanmoins, cette transition est la clé pour garantir la durabilité des destinations touristiques en Espagne, offrant à la fois une expérience enrichissante et un respect de l'environnement.
Un avenir incertain face au changement climatique
Le réchauffement climatique représente une menace de plus en plus pressante pour l'Espagne. Les grands incendies et les crises environnementales pourraient bien modifier les périodes touristiques habituelles, et inciter les voyageurs vers des régions moins impactées comme le Pays Basque ou la Galice. Isabelle Frochot, experte en marketing touristique, insiste sur la nécessité d'une adaptation rapide.
"L'Espagne doit se démarquer d'un modèle devenu obsolète face aux enjeux climatiques".
Pour conclure, la transformation du secteur ne sera pas instantanée. Les évolutions des comportements des acteurs et des consommateurs devront être prises en compte, mais l'Espagne semble résolue à tirer profit de cette crise pour redéfinir son identité touristique, mettant en avant la sobriété et la durabilité.







