Ce mardi matin, environ 350 tracteurs ont pris d'assaut les rues de Paris, orchestrés par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs. L'objectif ? Obtenir des mesures concrètes et immédiates du gouvernement face à une colère agricole grandissante. Depuis début décembre, les manifestations des agriculteurs se multiplient, mais les promesses gouvernementales semblent insuffisantes pour apaiser les tensions.
« Nous sommes à un point de non-retour. Cela fait trois ans que nos revenus stagnent et les politiques ne nous proposent aucune direction », a déclaré Guillaume Moret, un agriculteur de 56 ans, devant l'Assemblée nationale. Cette crise est exacerbée par la gestion controversée de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest et par l'accord de libre-échange controversé entre l'UE et le Mercosur, dont la signature est prévue samedi.
Arrivés principalement des départements périphériques de Paris et des Hauts-de-France, les tracteurs se sont positionnés près de l’Assemblée nationale. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a autorisé ce rassemblement, une réponse qui semble prometteuse mais qui reste insuffisante pour les agriculteurs mobilisés. « La révolte paysanne reprend », lit-on sur une banderole déployée sur place, symbole d'une profession épuisée par les aléas économiques et climatiques.
La préfecture de police a initialement répertorié 350 tracteurs, bien que la FNSEA en espérait jusqu'à 500 participants. « Nous ne partirons pas sans revendications concrètes qui nous permettent de respirer un peu », a insisté Moret, ajoutant que certains manifestants avaient même prévu de passer la nuit sur place.
Quant à la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, elle a affirmé que les annonces récentes ne représentaient pas un « solde de tout compte », mettant en avant les efforts consacrés à l'eau et à l'adaptation face au changement climatique. Toutefois, la FNSEA a réclamé des solutions plus spécifiques, y compris une loi spéciale pour aborder des questions telles que la prédation du loup et les mesures liées à l'eau.
La semaine dernière, la Coordination rurale, un autre syndicat agricole, avait déjà fait entendre sa voix en apportant ses propres tracteurs à Paris. Les fermiers ont également mené des actions de protestation dans toute la France, y compris des barrages filtrants aux abords des infrastructures stratégiques telles que le port du Havre, où des produits non conformes aux normes européennes ont été découverts. Cette situation met en lumière la défiance croissante envers cet accord commercial, que beaucoup craignent qu'il ne désavantage l'agriculture nationale.
Pour les experts du secteur, ces manifestations soulèvent des questions cruciales sur le futur de l'agriculture française. Jeremy Catania, analyste agricole, souligne : « Les agriculteurs doivent faire face à des défis redoutables, non seulement sur le plan économique, mais aussi face à la concurrence déloyale des produits importés. Les conséquences pourraient être désastreuses ».
Alors que les tracteurs continuent de grouiller dans la ville, le gouvernement devra agir rapidement pour répondre à ces inquiétudes croissantes, au risque d'aggraver une situation déjà explosive.







