Les temps de longues attentes sont révolus : à partir de mercredi, un nouveau traité de libre circulation entre Gibraltar, enclave britannique, et l'Espagne entre en vigueur. Cet accord, tant attendu, promet de transformer le quotidien de milliers de travailleurs des deux côtés de la frontière.
Dès minuit, plusieurs dizaines de véhicules ont franchi la ligne frontalière pour la première fois sans contrôle douanier, une scène qui a rassemblé des foules enthousiastes désireuses de célébrer cet avènement. Des drapeaux espagnols flottaient au vent, alors que le chef du gouvernement de Gibraltar, Fabian Picardo, effaçait symboliquement la clôture pour marquer ce moment historique.
"L'Europe est de retour", a déclaré Picardo, soulignant l'importance de cet événement sur un ton festif à la télévision locale. Cet accord, qui met fin aux restrictions de circulation, a été ratifié à Bruxelles, six ans après le retrait du Royaume-Uni de l'Union Européenne.
Avec près de 40 000 habitants, Gibraltar voit passer quotidiennement environ 15 000 travailleurs espagnols, représentant près de la moitié de sa main-d'œuvre. Owen Smith, président de la Fédération des petites entreprises de Gibraltar, a expliqué à l'AFP que cette "frontière fluide" facilitera grandement le recrutement et la fidélisation des employés vivant en Espagne.
Les négociations autour de cet accord ont été difficiles, en raison des tensions persistantes entre Londres et Bruxelles post-Brexit. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a exprimé son optimisme, prévoyant "l'ouverture d'une nouvelle ère" et d'"énormes possibilités trois siècles après" la guerre de succession espagnole.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, doit aussi visiter la zone frontalière, où d'anciennes barricades sont en cours de démantèlement. "Pour la première fois en des siècles, nous allons abattre le dernier mur au sein de l'Union européenne", a-t-il déclaré avec espoir.
Les relations entre les deux pays avaient été particulièrement tendues en 1969, lorsque la frontière a été fermée après un référendum à Gibraltar. Ce n'est qu'en 1985 que la circulation a été rétablie, mais de fréquentes files d'attente ont persisté en raison de désaccords sur la souveraineté.
Manuel Triano Paulete, représentant syndical à Campo de Gibraltar, a exprimé les frustrations vécues lors des longues attentes : "Souvent, les travailleurs ne savaient pas quand partir pour arriver à l'heure", a-t-il souligné. Il a ajouté que cette nouvelle ère apporte un soulagement bienvenu.
La petite économie de Gibraltar, axée sur les services financiers et les jeux d'argent, est la plus prospère, avec l'un des revenus par habitant les plus élevés au monde. Depuis que le Royaume-Uni a quitté l'UE en 2020, la question des relations entre Gibraltar et le bloc européen reste délicate. Un accord temporaire a été signé à la fin de cette année-là pour maintenir la liberté de mouvement en attendant un accord plus permanent.
En somme, la frontière entre Gibraltar et l'Espagne, qui a été parallèlement passée sous silence pendant des siècles, s'ouvre ainsi à une période potentiellement fructueuse, malgré les histoires de tensions sur la souveraineté qui perdurent depuis près de 300 ans, héritage d'un traité vieux de plus de trois siècles.







