En cette fin d'après-midi à l'aéroport de Los Angeles, l'angoisse commence à s'installer. Après avoir parcouru 18 heures de vol, TJ James se retrouve face à une situation chaotique qui préfigure ce qui attend des milliers de visiteurs lors de la Coupe du monde de football qui débutera le 11 juin.
Accompagné de sa femme, de ses deux enfants et de quatre valises, il émerge au milieu d'un flot de véhicules impatients. Dans ce brouhaha de klaxons, la famille peine à repérer le bus qui les conduira à leur voiture de location.
"Il n'y a pas de panneaux clairs indiquant la direction à suivre", se lamente M. James, un salarié de l'industrie minière originaire de Perth, en Australie. "J'ai fait des recherches, et pourtant, c'est toujours aussi compliqué." À 47 ans et ayant déjà fréquenté cet aéroport, il exprime sa sympathie pour les passagers étrangers.
"Je me sens encore perdu et je suis Américain", confie-t-il à l'AFP. "C'est vraiment frustrant." La notoriété de LAX, principal aéroport de Los Angeles, est tristement célèbre pour son désordre. L'année dernière, Netflix l'a même qualifié de "chambre de torture" dans une publicité pour "Mercredi", son adaptation sur la Famille Adams.
L'aéroport traite en moyenne 95 000 véhicules par jour, majoritairement orientés vers un entonnoir infernal : une circulation en fer à cheval longeant tous les terminaux, où chaque passager tente de se faire déposer au plus près de son point de départ ou d'arrivée.
Pour réduire la congestion, les taxis et VTC ont été interdits de prise en charge sur cette artère.
- Train aérien en retard -
Les arrivants sans proches pour les accueillir doivent donc utiliser des bus aux couleurs distinctives selon leur destination : vert pour les taxis, violet pour les locations de voiture, rouge pour certains hôtels, rose pour d'autres terminaux. Ce système se révèle être un véritable casse-tête, alimentant la réputation de LAX comme un aéroport que les habitants de Los Angeles adorent détester, comme le souligne Joshua Schank, expert en transport à l'université UCLA.
Avec la Coupe du monde qui s'annonce et qui verra Los Angeles accueillir huit matches, la ville espérait améliorer son image à deux ans des Jeux olympiques. Pour désengorger l'aéroport, un train aérien reliant LAX au métro était prévu avant cet événement. Cependant, ce projet de 3,5 milliards de dollars, initialement promis pour 2023, a été retardé à cause de divers problèmes contractuels.
Actuellement, les rames circulent à vide pour des tests de sécurité, et elles ne seront pas prêtes à temps pour les supporters. Les responsables de LAX ne fournissent plus de date d'ouverture.
La difficulté d'avancer sur ce projet est d'autant plus déplorable pour M. Schank, qui affirme que la ville, construite autour de l'automobile avec ses vastes autoroutes, doit redoubler d'efforts pour optimiser son réseau de transport en commun.
Avec seulement six lignes de métro, le transport public de Los Angeles peine à couvrir une métropole de 10 millions d'habitants.
Pour pallier cette carence, la ville prévoit d'affecter 300 bus pour transporter les supporters directement au stade d'Inglewood depuis divers points, y compris l'aéroport, pour un tarif raisonnable de 1,75 dollar par ticket. Cela contraste avec le New Jersey, qui a suscité la controverse en facturant 98 dollars pour un aller-retour en train entre New York et le MetLife Stadium.
Cependant, pour moderniser véritablement son aéroport, Los Angeles doit entreprendre des actions plus significatives, selon M. Schank. Il préconise d'ajouter des lignes de bus à proximité de la future station du train automatique afin d'élargir les destinations accessibles. Il suggère également d'instaurer un péage pour l'accès à la circulation en fer à cheval, sinon des embouteillages colossaux risquent de persister.
"Les décideurs doivent se mobiliser pour garantir le succès des Jeux olympiques", avertit-il.
En attendant, Henrietta Henry, une Nigériane qui vient régulièrement à Los Angeles, a un seul conseil pour les supporters de football qui atterriront à LAX : "Préparez-vous", prévient-elle. "Pour moi, la première fois, c'était vraiment l'enfer."







