D'aliment miracle à débat houleux, le lait de vache ne jouit plus de la même popularité qu'autrefois. Selon une enquête récente de CNIEL/CSA, 65 % des Français avaient consommé du lait au cours de l'année 2018. Un chiffre jugé préoccupant par le syndicat Syndilait, qui a fait le point lors d'une conférence de presse le 14 mai dernier, à l'approche de la journée mondiale du lait le 1er juin. Ce déclin de la consommation soulève diverses interrogations quant aux raisons de ce désamour.
Élément essentiel de l'alimentation d'après-guerre, le lait de vache voit sa consommation baisser depuis 2003. En 2018, environ 2,3 milliards de litres de lait conditionné ont été achetés, enregistrant une chute de 3,3 % par rapport à l'année précédente. Divers facteurs expliquent ce phénomène, notamment l'évolution des habitudes alimentaires et un questionnement croissant sur les bienfaits du lait, longtemps présenté comme un aliment idéal pour la santé. Analysons ensemble ce qui a changé.
Des recommandations controversées
Thierry Souccar, auteur de Lait, mensonges et propagande, a suscité un débat en France en s'opposant aux recommandations officielles du ministère de la Santé, qui prévoit une consommation quotidienne de trois à quatre produits laitiers. Souccar dénonce un lobbying de l'industrie laitière et affirme qu'il n'existe aucune justification scientifique pour une telle consommation. En effet, il souligne que certaines études liaient une forte consommation de lait à des risques accrus de cancer de la prostate, d'obésité et de diabète de type 1.
En janvier 2017, l'ANSES a publié des résultats corroborant ces études, et a révisé ses recommandations à deux produits laitiers par jour. Bien que ce changement soit perçu comme une avancée, certains estiment qu'il aurait fallu recommander une plage allant de zéro à deux. Des voix, comme celle de Jean-Michel Lecerf, remettent en question cette révision en suggérant qu'elle pourrait insuffisamment couvrir les besoins en calcium des consommateurs.
Le calcium en ligne de mire
La promotion du calcium comme indispensable à la santé, notamment pour la construction osseuse, est contredite par des chercheurs qui affirment que divers aliments et certaines eaux minérales peuvent également en apporter. L'absorption du calcium dans le lait est effectivement plus efficace, généralement entre 20 et 40 % contre 30 % pour l'eau minérale. Cela dit, l'Organisation mondiale de la santé recommande un apport minimum de 500 mg par jour, contrairement aux 900 mg conseillés par le ministère français de la Santé.
Les effets sur la santé : débat et légende
La question des risques de cancer liés à la consommation de lait reste controversée. Des études indiquent qu'une augmentation de la consommation de produits laitiers pourrait accroître le risque de cancer de la prostate. Cependant, d'autres recherches suggèrent que le lait pourrait également jouer un rôle protecteur contre certains cancers, notamment colorectal.
En ce qui concerne l'intolérance au lactose, environ 40 % de la population française en souffrirait, ce qui remet en question la pertinence de la consommation de lait à l'âge adulte. Par ailleurs, l'allergie aux protéines de lait reste un autre sujet de préoccupation, pouvant entraîner des réactions graves, en particulier chez les jeunes enfants.
Enfin, la question du diabète de type 1 est soulevée, avec des études reliant son apparition à l'introduction précoce du lait de vache. Les défenseurs du lait soulignent pourtant ses effets bénéfiques contre le diabète de type 2. Pour l'heure, le débat sur le lait de vache continue d'alimenter les discussions entre scientifiques, nutritionnistes et consommateurs.
*Article mis à jour le 5 mai 2023.







