Avec la mondialisation, de plus en plus de familles se retrouvent dans des situations où leurs proches détiennent des biens dans différents pays. Cela soulève des questions cruciales concernant la succession internationale.
Lorsque des biens sont répartis sur plusieurs États, il est impératif de clarifier la législation en vigueur, d’identifier les autorités compétentes, et d’éviter les conflits juridiques. Bien que le Règlement européen sur les successions ait introduit des règles visant à simplifier ces situations, des défis demeurent.
Détermination de la loi applicable à la succession
L'une des principales difficultés à surmonter lors d’un décès est l’identification de la législation qui s’appliquera à la succession. La diversité des règles relatives à la dévolution, à la réserve héréditaire, aux droits du conjoint survivant et au partage peut varier énormément d'un pays à l'autre.
Depuis l'entrée en vigueur du Règlement européen sur les successions le 4 juillet 2012, applicable à la majorité des États membres de l'UE, la législation applicable est généralement celle de l'État de résidence habituelle du défunt. Ainsi, une seule loi régule la succession, indépendamment de la localisation des biens. Cette disposition vise à fluidifier les successions internationales.
Néanmoins, le règlement permet au testateur de choisir la loi de sa nationalité pour régir l’ensemble de sa succession. Ce choix doit être clairement énoncé dans le testament, assurant ainsi une prévisibilité en cas de déménagement ou de liens familiaux dispersés. Par exemple, un citoyen français résidant en Italie peut stipuler que sa succession soit soumise à la législation française, garantissant ainsi le respect des règles spécifiques à cette dernière.
Il est à noter que le règlement ne couvre que les pays membres de l'UE. Pour tous les autres pays comme le Maroc, le Royaume-Uni ou les États-Unis, ce sont les lois nationales qui s'appliquent, créant parfois un enchevêtrement juridique. Les héritiers peuvent alors faire face à des successions multiples soumises à des lois contrastantes, rendant d’autant plus cruciale l'anticipation de ces questions par le biais d’un notaire spécialisé.
Démarches essentielles pour la succession internationale
Gérer une succession impliquant plusieurs États nécessite un encadrement rigoureux. Voici les étapes à suivre :
1 - Identifier la loi applicable et la compétence juridique
Tout d'abord, déterminez la loi régissant la succession. Si le défunt était résident d'un État membre de l'UE, le Règlement n°650/2012 sera applicable. Le notaire devra également honorer le choix de loi si le testateur a désigné celle de sa nationalité.
Suivant cette étape, identifiez la juridiction compétente pour traiter la succession, généralement le pays de résidence habituelle du défunt, où le notaire pourra coordonner les démarches requises à l'international.
2 - Rassembler les documents requis
Le notaire ou l’avocat spécialisé sollicitera plusieurs documents indispensables :
- L’acte de décès ;
- Les pièces d’identité ainsi que les actes de naissance des héritiers ;
- Le testament ou le certificat d’hérédité ;
- Les titres de propriété associés aux actifs, qu'ils soient immobiliers ou mobiliers ;
- Les relevés bancaires et justificatifs fiscaux.
Notez que ces documents peuvent nécessiter des traductions officielles ou des certifications internationales.
3 - Demande d’un certificat successoral européen
Dans les cas concernés par le Règlement européen, les héritiers ou le notaire peuvent demander un certificat successoral européen (CSE), attestant formellement des droits d’héritage dans tous les États membres concernés. Le CSE, délivré par le notaire du pays de résidence habituelle du défunt, facilite la reconnaissance des droits à l'étranger et réduit le besoin d'ouvrir des procédures distinctes.
4 - Collaboration entre notaires
Étant donné que les biens se trouvent dans plusieurs pays, il est courant qu’un notaire principal régisse la succession globale, tandis que d'autres notaires agissent localement pour les formalités requises comme les mutations immobilières. Une concertation entre ces professionnels garantira une répartition équitable des actifs.
5 - Déclaration et paiement des droits de succession
Les pays où se situent les biens imposeront leurs lois fiscales respectives. Les héritiers doivent ainsi déclarer la succession selon les règles locales, ce qui peut mener à des situations de double imposition. Il est conseillé d’engager un expert fiscal pour naviguer dans cette complexité et optimiser les déclarations afin de sécuriser le transfert.
6 - Transfert des biens aux héritiers
Après que toutes les formalités notariales et fiscales aient été accomplies, les biens peuvent être légalement transférés aux héritiers. Les actes de partage doivent ensuite être enregistrés dans chaque pays concerné, assurant ainsi le respect de la loi et des droits des héritiers.
En somme, la gestion d’une succession internationale nécessite une préparation rigoureuse et une connaissance approfondie des législations et des démarches à effectuer. Anticiper en rédigeant un testament clair et en consultant des professionnels informés permet d’éviter de nombreux pièges juridiques et fiscaux.







