L'association "Ceux de Rawa-Ruska" s'engage activement à préserver la mémoire des anciens prisonniers du camp de Rawa-Ruska, un lieu tragique où de nombreux hommes ont perdu la vie.
René Lhermet, un homme venu de Ponteils en Lozère, est l'un des nombreux héros à avoir enduré des souffrances inimaginables. Emprisonné dans un Stalag pendant la Seconde Guerre mondiale, il a tenté de s'évader à trois reprises, se rappelant que, lors de sa dernière tentative, il a été arrêté par des chiens des SS dans la neige, ses pieds gelés. Son fils, Bernard, partage ce récit poignant, déclarant : "Comme lui, tant d'autres prisonniers ont risqué leur vie dans des évasions désespérées." Après mars 1942, face à la rébellion des prisonniers, le Haut Commandement de la Wehrmacht décida de les rassembler dans un camp de représailles, le Stalag 325, situé à Rawa-Ruska, en Galicie, aujourd'hui en Ukraine.
Les conditions de vie au camp étaient épouvantables : 25 000 soldats y furent déplacés, coincés dans des wagons à bestiaux pendant sept jours, sans eau ni nourriture, les laissant dans un état d’épuisement total. De nombreux hommes perdirent la vie non seulement à cause de la faim et des brutalités, mais aussi à travers les maladies endémiques qui s'y propageaient. Leurs témoignages tragiques sont souvent une fenêtre sur l'horreur de la Shoah par balles, un aspect méconnu mais crucial de cette période.
Une mémoire à préserver
Le camp a finalement été libéré par les forces soviétiques. René, avec des séquelles de ses gelures, revint chez lui dans le Gard, mais garda la douleur de ses souvenirs cachés dans le silence. "Il n'en parlait jamais à sa famille, mais il avait demandé un service, garder une valise en carton, celle de son départ du camp" mentionne Bernard Lhermet. Bien qu'il ait été silencieux sur ses épreuves, René s'investit ensuite pleinement dans l'association "Ceux de Rawa-Ruska" où il fut le porte-drapeau fervent de la mémoire de ses camarades.
Actions mémorielles et éducation
Chaque année, l'association organise des événements commémoratifs. En 2025, une délégation a eu l'honneur de participer au Congrès national pour célébrer les 80 ans du retour des prisonniers de guerre, en collaboration avec l'Union nationale Rawa-Ruska. "Nous avons déposé une gerbe sur notre stèle au cimetière du Père Lachaise et commémoré à Nîmes notre plaque au monument aux morts" souligne un membre de l'association. Leur mission ne se limite pas à la commémoration, ils travaillent aussi avec des collèges et des lycées pour transmettre cette page d'histoire méconnue. Bernard Lhermet, qui a pris la présidence de l'association, annonce : "Nous établissons des liens avec des enseignants d'histoire pour leur fournir des témoignages écrits et des supports visuels".
Les descendants de ces prisonniers, notamment des petits-enfants, s'intéressent de plus en plus à l'histoire de leurs aînés, cherchant à comprendre ce que fut leur parcours durant ces années sombres. "Cette mémoire est fondamentalement importante, car elle ouvre un débat sur des pages d'histoire rarement abordées" conclut Bernard Lhermet. L'association se réunira pour son assemblée générale le 31 janvier prochain à Nîmes, où une exposition sera également présentée.







