À Tignes (Savoie), dès l'ouverture du téléphérique, une flotte de skieurs se rue sur le glacier de la Grande Motte, pourtant déjà affecté par la canicule matinale. À 3 456 mètres d'altitude, une grande partie de la glace est visible, parsemée de crevasses et de zones dénudées.
Avec un isotherme dépassant actuellement les 4 200 mètres, la neige ne parvient plus à regeler, provoquant une fonte précoce. Les skieurs empruntent une piste damée qui serpente autour des zones enneigées, poursuivant leur descente vers la station. On note d'ailleurs la présence de trois zones de 'snow farming', où la neige est stockée sous bâche pour compenser la raréfaction des ressources.
"Ski sous la chaleur, c'est étrange", admet Aude Curtet, une Franco-Suisse de 27 ans. "Cela interroge notre impact sur l'environnement, mais je me laisse tenter par cette expérience unique." Les températures grimpent à 19°C dès 9h30, contraignant les skieurs à abandonner leurs vêtements chauds pour profiter de la fraîcheur après des journées caniculaires.
Chaque été, des professionnels et des clubs se retrouvent dans la station. Pour Victoire Starck, 19 ans, licenciée au club Airbus de Marignane, c'est essentiel : "L'entraînement est crucial pour maintenir la forme et garder le rythme, mais la condition de la neige est inquiétante : elle devient de plus en plus similaire à de la boue, avec des trous et de l'eau qui apparaissent."
Entre le 20 juin et aujourd'hui, Tignes a enregistré 7 856 'journées skieurs', un chiffre timide comparé à l'affluence hivernale et aux années 80, lorsque la station offrait un ski toute l'année.
Clément Colin, président d'Altta, société publique en charge de la gestion du domaine skiable, est pessimiste pour l'avenir : "Le glacier perd entre 3 et 4 mètres de masse chaque année." Si cette situation est difficile à accepter, il évoque cependant des projets innovants, tels qu'un espace contemplatif consacré à la glaciation, déjà fréquenté par de nombreux randonneurs.
Olivier Duch, premier adjoint au maire, rassure néanmoins : des études scientifiques indiquent qu'il sera encore possible de skier à Tignes dans les cinquante prochaines années, mais le sort du glacier reste scellé. Il se considère privilégié par rapport à d'autres stations, ayant anticipé les enjeux de transition.
Dans les dix prochaines années, l'objectif est également d'élargir les activités estivales de la station, telles que la randonnée et le VTT. Toutefois, Mathieu Crétet de Mountain Wilderness critique la manière dont le ski d'été est présenté. "L'idée de loisir est faussée, surtout quand il s'agit de promouvoir ce sport comme une alternative à la chaleur estivale", souligne-t-il.
Son collègue Vincent Neirinck partage cette opinion : "La nostalgie du ski d'été flashy ne correspond plus aux défis que nous affrontons aujourd'hui. Il est temps de réfléchir aux conséquences de nos pratiques sur l'environnement."







