Un agent de l'Office national des forêts (ONF) a été mis en examen jeudi, soupçonné d'être lié à l'origine du méga-feu qui a dévasté le massif des Corbières (Aude) durant l'été 2025, marquant un tournant significatif dans l'une des pires catastrophes d'incendie des cinquante dernières années en France.
Cet agent, qui a nié toute implication, fait face à des accusations de "destruction involontaire par incendie aggravée" selon un communiqué du procureur de la République de Montpellier, Thierry Lescouarc'h.
Interrogé mercredi, l'agent avait été placé en garde à vue mardi aux côtés de deux autres collègues de l'ONF, qui ont été relâchés sans poursuites. Le procureur n'a pas révélé d'informations précises sur les allégations à son encontre. Toutefois, le journal Midi Libre suggère que l'enquête privilégie l'hypothèse d'une cigarette jetée par la fenêtre d'une voiture de patrouille comme possible cause de l'incendie.
Le sinistre, survenu le 5 août 2025, a ravagé près de 17 000 hectares, brûlant plus de 11 000 hectares avant d'être maîtrisé le 28 août, après trois semaines d'efforts acharnés des pompiers. Les experts s'accordent à dire que l'incendie a une origine humaine, excluant toute cause naturelle, d'après les déclarations de la justice.
Au cœur de l'enquête, l'agent en question a catégoriquement contesté les faits, tandis qu'une source proche a évoqué une possible "négligence".
- "Mégot de cigarette ?" -
L'ONF a indiqué avoir coopéré durant les auditions, précisant que l'établissement lui-même n'est pas mis en cause et n'a donc pas accès aux détails de l'enquête.
Les agents interrogés, considérés comme auxiliaires de la protection de la forêt méditerranéenne, effectuent régulièrement des patrouilles pour contrer les risques d'incendie, a expliqué une source bien informée. "Nous sommes tous sous le choc", a déclaré un porte-parole de l'ONF à l'AFP, manifestant la surprise et l'incompréhension suscitées par ces accusations.
Alain Coste, ancien maire de Ribaute pendant l'incendie, a exprimé son étonnement que quelqu'un chargé de protéger la nature puisse être soupçonné d'une telle tragédie, qui a laissé le paysage de sa commune dévasté. Depuis l'incendie, la fréquentation touristique a chuté, les visiteurs étant réticents à s'aventurer dans une région ravagée. "Tout est devenu noir", a-t-il ajouté avec amertume.
Qualifié de plus grand incendie de l'été 2025 en France, cet événement a touché 16 communes de l'Aude, causant la destruction de 36 maisons et la mort tragique d'une femme de 65 ans à son domicile dans le village de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. C'est le pire incendie observé sur le pourtour méditerranéen français depuis au moins 50 ans, selon la Base de données gouvernementale des incendies de forêt en France (BDIFF).
- Intensification des risques -
À la suite des incendies dévastateurs de Gironde en 2022, qui avaient détruit plus de 30 000 hectares, l'ONF a élargi son périmètre d'intervention pour inclure des territoires nouvellement vulnérables aux incendies en raison du changement climatique. Ce phénomène s'est traduit par la multiplication des patrouilles, des efforts de prévention intensifiés, et un accent mis sur les pratiques de sécurité, alors que neuf feux sur dix sont d'origine humaine.
Les agents de l'ONF participent également à l'aménagement de pistes d'accès et à la mise en place de points d'eau. Durant l'été, ils assurent des missions de surveillance et de détection pour contrer les feux naissants.
Lors d'une récente inauguration à Nîmes, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a signé la commande de deux Canadair supplémentaires, promettant en réponse à la crise des incendies estivaux de 2022. Ces appareils devraient arriver dans les années 2032-2033, tandis que deux autres engins actuellement commandés seront livrés en 2028. Au total, la flotte française devrait atteindre 16 Canadair d'ici six ans.







