Enquête. Malgré des financements discutables et une tendance à justifier la violence, Blast se positionne comme l'un des médias les plus influents à l'extrême gauche. Focus sur le média privilégié de la gauche radicale.
Lors d'un entretien vidéo, Soumaya Benaïssa questionne Raphaël Arnault : « Comment allez-vous ? » Ce dernier, député LFI du Vaucluse et fondateur du collectif La Jeune Garde, a choisi Blast pour marquer son retour sur la scène politique, un mois et demi après le tragique décès de Quentin Deranque, tué par des militants antifascistes.
Durant une heure et quart, le député condamné pour violences volontaires en réunion exprime ses préoccupations concernant les violences politiques à Lyon, l'impact des médias d'extrême droite, et l'essor du fascisme. Si certains ont pris cela pour une blague sur les réseaux sociaux, le traitement qu'il reçoit de Blast n'étonne guère, tant ce média s'est affirmé comme l'allié de la gauche radicale.
Les origines de Blast : une initiative contre l'extrême droite
Dès le printemps 2021, dans un appartement du Xe arrondissement de Paris, l'équipe fondatrice de Blast se met en route dans une ambiance de start-up militante. Les conditions étaient précaires, mais une passion palpable se dégageait. L'objectif se dessine vite : offrir une voix alternative, au travers d'enquêtes et d'interviews.
Ce média attire rapidement des journalistes militants, principalement issus de la rédaction du Média. Après des difficultés internes liées aux méthodes de gestion controversées de Sophia Chikirou, Denis Robert quitte ses fonctions pour fonder Blast.
Les obsessions de la rédaction se précisent : le macronisme, les milliardaires, l’extrême droite, les médias blancs, etc.
Sous la direction de Denis Robert, de nombreux anciens collègues de l’équipe fondatrice s’unissent, notamment Yanis Mhamdi, Paloma Moritz et Mathias Enthoven. D’autres, comme Salomé Saqué, rapidement devenue l'icône de Blast, se joignent également au projet. Robert lance Blast grâce à une campagne de financement participatif qui récolte plus de 900 000 euros en deux mois.
Un média controversé
Derrière l'étiquette d'indépendance, des tensions apparaissent. Un conflit éclate autour du financement d'Hervé Vinciguerra, proche d'Arnaud Montebourg. Cet entrepreneur s'est hissé au sommet après la vente d'une société, générant une fortune qu'il gère via des investissements divers, allant de l'immobilier aux industries de la cybersécurité.
Maxime Renahy, l'un des cofondateurs et ancien informateur de la DGSE, s'oppose fermement à la potentielle présence de Vinciguerra, jugeant incompatible cette dépendance avec l'éthique du média. Le différend s’intensifie, Renahy quitte Blast, propulsant une plainte pour diffamation contre Denis Robert, qui ne parviendra pas à l'invalider.
Un ancien collaborateur déclare : « Denis Robert est difficile à cerner. Il semble souvent en quête de financements. Cette situation a contribué à la complexité des relations internes. »
Blast se présente comme un média indépendant (bien plus que d'autres) dont le capital ne dépend d'aucun investisseur avide.
D’un point de vue structurel, Blast a été établi comme une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), supposée garantir une démocratie interne. Toutefois, les fondateurs gardent un contrôle significatif sur les droits de vote.
Avec 80 collaborateurs et une large audience sur YouTube, Blast confirme son succès, soutenu par des aides publiques importantes. En effet, les subventions du CNC ont dépassé 1,8 million d'euros sur trois ans, accompagnées d'autres allégements fiscaux qui boostent les dons des particuliers.
En 2025, Olivier Legrain, membre du collectif Stop Bolloré, projette d'ouvrir une maison des médias libres, accueillant Blast et d'autres médias fragiles.
« Blast s'inscrit dans une longue tradition de presse engagée, visant à ouvrir des réflexions. »
Au sein de Blast, Mathias Enthoven, connu pour sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon, occupe une position essentielle. Bien qu'il ait longtemps revendiqué une fonction technique, ses responsabilités vont bien au-delà. Un journaliste indique : « Enthoven est un atout majeur dans le succès de Blast, concevant des émissions qui font le plein. »
Cependant, des critiques persistent. Taha Bouhafs, autre personnage polémique ayant fait ses preuves chez LFI, a récemment rejoint Blast, illustrant le flou entre militantisme et journalisme dans ce contexte particulier. Et Paloma Moritz, tout en se démarquant comme icône écologiste, dévoile un parcours d'héritière aux intérêts divers.
Une influencia radicale
Blast est particulièrement reconnu pour son format web TV, fréquentant très peu les thématiques de gauche au profit d'une critique acerbe de l’extrême droite. Sur ses 50 dernières vidéos, 21 illustrent cette tendance, renforçant les perceptions que Blast serait plus un relais de la France insoumise qu’un média indépendant.
« Clairement, une part importante de la rédaction soutient LFI. »
Un ancien collaborateur conclut, exprimant des doutes quant à l’étiquette indépendante souvent véhiculée par Blast. Ainsi, il n'est pas surprenant que des voix ne cessent de s'interroger sur la nature profonde de cette impulsion médiatique...







