À Houeillès, un petit village du Lot-et-Garonne, la vie sans connexion internet n'est pas un choix, mais une contrainte imposée à ses habitants, durement touchés par la tempête Nils. Cela fait maintenant plus de deux mois que des foyers se retrouvent totalement déconnectés, et la situation ne semble pas s'améliorer.
Nadine Gallinou, 68 ans, raconte son quotidien : debout avec son téléphone à la main, elle croise les doigts pour capter un signal. « Sauf que des fois je suis vraiment dans cette position pour espérer capter », déclare-t-elle avec amertume. Ce caricatural tableau humoristique cache néanmoins une véritable détresse, partagée par les résidents de ce village.
«On nous manque de respect»
Les effets de cette déconnexion se font sentir : télévision, informations en ligne, communication avec leurs proches… tout cela leur échappe. Lucienne Armellin, 75 ans, évoque la nostalgie de ses habitudes perdues, souhaitant pouvoir à nouveau suivre ses feuilletons du soir. Pour tenter de récupérer un semblant de connexion, les deux amies se retrouvent dans leur jardin, à l'endroit précis où, avec une chance rare, elles parviennent à capter le réseau. Leurs observations révèlent la nécessité tangible de se déplacer pour espérer se reconnecter.
Cependant, la colère ne se limite pas à la perte d'internet. Les deux femmes regrettent vivement le manque de communication de la part des opérateurs et des élus. Nadine fait remarquer qu'après avoir vu les élus avant les élections, les créateurs de promesses ne sont plus en vue. Les messages automatiques d'Orange sur le rétablissement de la fibre ne font qu'ajouter à la frustration : « Ils nous donnent des délais qu'ils ne respectent pas », déplore-t-elle.
D'après un représentant d'Orange, la situation est complexe en raison de l'ampleur des dommages. Les câbles endommagés doivent être remplacés sur plusieurs centaines de mètres. Un vieux rêve pour les habitants, qui s'accrochent à la promesse de travaux annoncés pour ce mois d'avril.
Dans cette situation, la santé de leurs conjoints, souvent maladies de cœur, suscite des inquiétudes croissantes. « J'angoisse à l'idée de ne pas pouvoir appeler en cas d'urgence médicale », confie Lucienne. C’est cette angoisse, cette précarité qui les fait se sentir comme si elles vivaient au Moyen Âge, une vie sans les outils fondamentaux de communication et de sécurité. Un appel à l'aide sincère et désespéré, émanant d'un village qui aspire à retrouver une connexion avec le monde moderne.







