Le metteur en scène montpelliérain, Julien Bouffier, lance un appel vibrant à réinventer la culture à travers ce qu'il nomme la « permaculture culturelle ». Dans sa tribune pour Midi Libre, il décrit une réalité alarmante : les théâtres, au lieu d'être des lieux de partage et de créativité, sont devenus des « cathédrales de silence » face à une crise qui dépasse la seule question financière.
Historique et significatif, le parcours de la décentralisation théâtrale en France a toujours été marqué par une volonté d’autonomie et d’émancipation. À la Libération, des figures comme Gabriel Monnet et Jean Dasté ont prôné un théâtre accessible, ancré au cœur des territoires. Aujourd'hui, l'héritage de ces pionniers semble se diluer, tandis que le théâtre est en proie à une industrialisation qui le transforme en produit culturel aseptisé.
« Comment rétablir un dialogue collectif dans une ère marquée par la fragmentation des échanges, notamment due au numérique ? » interroge Bouffier. La réponse réside dans une approche innovante qu'il désigne comme la permaculture de recherche-création.
Un laboratoire pour l'avenir
Plutôt que de se concentrer sur la simple diffusion, qui consiste souvent à amener des spectacles pour les relayer ailleurs, Bouffier préconise un modèle d’ancrage communautaire. La permaculture culturelle repose sur la création d'écosystèmes régénératifs qui font écho aux dynamiques de la nature, favorisant ainsi une intimité durable entre les artistes et les publics.
« Pourquoi continuer nos bouquets éphémères de spectacles aussitôt installés, aussitôt repartis ? »
Son projet phare, la Maison de la Culture Populaire (MaCPop), est envisagé comme un laboratoire indiscipliné de recherche-création. Conçu pour transformer la crise actuelle des modèles institutionnels, ce prototype s'installera dans un centre d’éducation populaire en 2026, en partenariat avec les CEMEA Occitanie. Il se décline en trois axes principaux : une École permanente pour favoriser les échanges intergénérationnels, des ateliers de création accueillant des équipes artistiques et des initiatives liées à l'innovation numérique, notamment le gaming.
À l'instar des villes qui choisissent de replanter des arbres plutôt que de se contenter de fleurs éphémères, Bouffier appelle à privilégier des racines solides qui nourrissent et enrichissent le sol culturel. « Ne faut-il pas préférer l’eau du puits à celle des bouteilles en plastique ? » conclut-il avec une question pertinente qui invite à la réflexion. Ainsi, son projet ne se limite pas à la scène, mais l’envisage comme un véritable espace de vie, d'échanges et de rencontres.







