Jordan Bardella, figure montante du Rassemblement National, ne se contente pas de régner sur les réseaux sociaux prisés par la génération Z tels que TikTok, YouTube et Instagram ; il concentre également ses efforts sur Facebook. Ses publications sur cette plateforme ont bondi de 90 % de janvier à mars 2026 par rapport à 2025, signalant une évolution stratégique majeure dans sa communication.
En tant que président du Rassemblement National, Bardella est désormais le deuxième homme politique le plus suivi sur TikTok, juste derrière Emmanuel Macron. Son approche repose sur des contenus personnalisés et viraux, souvent dépolitisés, où il partage des moments simples de sa vie : manger des bonbons, jouer à des jeux vidéo ou encore caresser un lapin. Ces vidéos, qui amassent rapidement des millions de vues, visent à créer un lien personnel avec les jeunes électeurs, garantissant ainsi une certaine légitimité politique détachée des controverses passées de son parti.
Sur TikTok, son but est manifeste : séduire la jeune génération, en adoptant les codes des influenceurs. Cela passe par une image d'authenticité et d'accessibilité, tout en instaurant un rapport de confiance avec ses abonnés. En revanche, la communication sur Facebook vise une audience plus large et plus âgée, où il s'efforce de se présenter comme un leader plus traditionnel et présidentiel.
Influenceur sur TikTok, président sur Facebook ?
Facebook compte environ 40 millions d'utilisateurs en France, un public généralement plus vieux que celui de TikTok. Grâce à ses fonctionnalités spécifiques, la plateforme permet à Bardella de porter un discours davantage politique, tout en s'inscrivant dans une structure qui valorise son charisme. Notre analyse de 452 publications révèle qu'il se dessine une stature présidentielle inspirée du gaullisme.
La mise en scène de sa popularité
Une des caractéristiques de sa communication sur Facebook est la répétition d'un même événement sous plusieurs formes (interviews, événements publics), ce qui donne l'impression d'une disponibilité constante. Il se positionne en opposé à une classe politique jugée déconnectée, en s'affirmant toujours accessible et pertinent face aux préoccupations populaires.
Ce calcul est éclairé par l'utilisation récurrente du terme « alternance », qui suggère une transition politique pacifique, en opposition à l'idée de « révolution », associée à la violence. Cela s'inscrit aussi dans un cadre de « dédiabolisation » où Bardella essaie de cultiver une image rassurante à travers ses discours au Parlement européen.
Ses vidéos, souvent tournées lors de rencontres avec le public, renforcent cette image proche du citoyen, le rendant accessible tout en cultivant ce lien avec la population.
Facebook comme arène de la bataille culturelle contre la gauche
Bardella mobilise Facebook pour s'attaquer à la gauche, qu'il désigne comme une menace à la civilisation française, une stratégie classique des leaders populistes. En s’appuyant sur des critiques de la France insoumise, il se positionne en tant que défenseur de l'ordre contre une politique qu'il juge désordonnée, utilisant même des termes comme « bordélisation » pour décrire ses adversaires.
Une attention forte portée aux relations internationales
Sur le plan international, Bardella se montre très critique envers l'ingérence américaine, revendiquant une souveraineté accrue pour la France. Il évoque ainsi des sujets brûlants en lien avec Donald Trump, en affirmant qu'un second mandat du président américain serait préjudiciable pour la France, soulignant la nécessité de résister à ce qu'il appelle la « vassalisation ».
Une absence de Marine Le Pen qui en dit long
Étonnamment, parmi ses publications, Marine Le Pen n'est mentionnée que sporadiquement, ce qui témoigne peut-être d'une volonté de Bardella de se positionner en tant que leader indépendant et incontournable du RN.
Le jeu du contre-récit
Son storytelling sur Facebook fabrique l'image d'un homme du peuple, prêt à affronter les défis qui pèsent sur la France, transformant ainsi son image en celle d'un outsider capable de rétablir l'ordre tout en restant dans la légitimité démocratique. Cela donne une nouvelle dynamique à son rôle au sein d'un parti où les controverses historiques commencent à s'effacer.







