Le 12 mai 1962 représente bien au-delà d’une simple date dans les mémoires collectives. C’est un moment crucial où la parole de la France a vacillé, rendant hommage à la loyauté des harkis. Pour notre communauté, cette date symbolise un jour de parjure. Alors que les accords d’Évian annonçaient l'aboutissement de la guerre d'Algérie, l'État a résolument abandonné ceux qui avaient servi fidèlement sous le drapeau tricolore.
En effet, ce jour-là, Pierre Messmer, le ministre des Armées, expédie un télégramme interdisant tout rapatriement des supplétifs vers la métropole en dehors des plans officiels. Quelques jours plus tard, Louis Joxe renforce cette directive, ordonnant à l’administration de débusquer et punir ceux qui oseraient envisager de rapatrier ces hommes. Les harkis, soldats au service de la France, sont alors contraints de rester sur le sol algérien, tandis que certains officiers sont déplacés pour empêcher toute solidarité.
Cependant, dans cette nuit morale se dessinent des gestes héroïques de fraternité. Michel Messahel témoigne de l’exemplarité du Colonel Louis Duffau Lagarrosse, alors capitaine, qui, confronté à l’ordre de désarmement, a fait preuve d’un courage remarquable. En appelant son supérieur pour refuser d’enlever les armes des harkis, il a non seulement sauvé des vies, mais a également préservé l’honneur de l’armée française. Ce refus a été un acte de bravoure dont l’écho résonne encore aujourd’hui.
« Je souhaite que vos lecteurs se souviennent : si l’histoire peut être écrite par des décrets, elle est aussi façonnée par des hommes qui privilégient honneur et dignité à l’obéissance aveugle. »
Le Colonel Duffau Lagarrosse a aussi pris des initiatives personnelles pour aider les harkis, leur offrant un toit et un avenir, brisant ainsi les chaînes de l’oubli. Sa loyauté ne s’est jamais tarie. En 2008, il a tenu à associer publiquement les harkis à sa propre distinction, choisissant Lussac, où vivaient les parents de Michel Messahel, pour recevoir sa Légion d’honneur.
Les années ont passé, et pendant près de quarante ans, des militaires tels que les Généraux François Meyer et Maurice Faivre, ainsi que les Colonels Louis Duffau Lagarrosse et Bernard Moinet, ont été les gardiens de la mémoire et de la dignité des harkis. Alors que les résonances du passé s'éteignaient, des personnes comme Messahel se sont levées pour préserver ce précieux héritage, portant le flambeau de l’histoire et du courage.
À l’heure où la mémoire des harkis est plus que jamais essentielle, que ce 12 mai soit une date pour se souvenir de leur fidélité et du sacrifice de ceux qui ont défié les directives pour faire triompher l’honneur.







