Jacques Attali : pour une gauche et une droite redéfinies avant la présidentielle de 2027

Attali évoque la nécessité de redonner une voix à la gauche et à la droite, loin des extrêmes.
Jacques Attali : pour une gauche et une droite redéfinies avant la présidentielle de 2027
Jacques Attali, ancien conseiller spécial de François Mitterrand. MAXPPP - Luc Nobout

l'essentiel

Jacques Attali, écrivain et économiste de renom, ancien conseiller de François Mitterrand, conteste l’idée selon laquelle un face-à-face entre le Rassemblement national (RN) et La France Insoumise (LFI) serait inévitable lors de la présidentielle de 2027. Il met en lumière les conséquences sous-estimées d'une victoire du RN et exprime le besoin urgent de repenser le paysage politique en se basant sur des programmes clairs, loin des clivages extrêmes.

À un an de l'élection présidentielle, LFI et le RN dominent le débat. Votre analyse ?

C’est une vision erronée. Les élections municipales ont montré que le RN stagnait et que LFI recule. Cette perception d’un duel inévitable est entretenue par les médias, avides de sensationnalisme, qui privilégient les mauvaises nouvelles. Les Français ne veulent pas de cette dualité artificielle.

Le RN a conquis des villes, alors que LFI en a perdu quelques-unes...

On ne peut se concentrer que sur les gains. Au total, ils ont subi des pertes significatives. Les tentatives de rapprochement entre le Parti socialiste et la gauche échouent, car les Français se distancient de l’extrême gauche comme de l’extrême droite.

Alors, quelle direction prendrons-nous vers 2027 ?

Nous aurons besoin d’un candidat de gauche et d’un candidat de droite. Si les deux camps présentent trop de candidats, cela pourrait ouvrir la voie au RN. LFI tentera de diviser davantage pour se poser en seule opposition crédible.

Dans ce contexte, est-ce possible de reconstruire un front uni à gauche ?

Pour cela, il faut un projet cohérent. Actuellement, les idées foisonnent, mais le manque de programmes clairs entrave le débat. C'est pourquoi notre think tank, France Positive, s'apprête à publier un programme transpartisan pour inciter à l'action.

Créer un programme nécessite des compromis. Comment éviter la confusion entre compromis et compromission ?

Il n'y a pas réellement de confusion chez les citoyens, mais plutôt de l'opposition du côté de LFI, qui cherche à maintenir un antagonisme. Il est crucial que la gauche et la droite s’organisent autour de propositions distinctes, en excluant les extrêmes.

Est-ce qu'un retour à un modèle politique clair est envisageable ?

Oui, c’est une possibilité dans la plupart des démocraties. Nous devons viser une opposition claire entre gauche et droite plutôt qu'un affrontement avec les extrêmes.

Quels risques voyez-vous si le RN accédait à la présidence ?

Il y aurait des risques d’incompétence et d'isolement d'avec les partenaires européens. Le RN pourrait supprimer notre contribution au budget européen, ignorant les bénéfices que la France en tire. Cela pourrait entraîner des sanctions économiques.

Vous parlez aussi d'un éventuel coup d'État constitutionnel...

Il y a un véritable risque que le RN propose des réformes qui pourraient affaiblir notre Constitution et notre lien avec l'Europe, rendant la France vulnérable économiquement et géopolitiquement. Ce n’est qu’après ces élections que nous réaliserons ce que nous avons perdu.

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