Alors que la Russie peine à maintenir sa population en raison d'un taux de natalité historiquement bas, les autorités mettent en œuvre des stratégies controversées pour encourager les femmes à devenir mères. Avec un taux de natalité d'environ 1,4 enfant par femme, bien en dessous des 2,1 enfants nécessaires pour stabiliser la population, des voix s'élèvent face à ces pressions gouvernementales.
À Moscou, Maria, une informaticienne de 25 ans, témoigne de son refus de devenir mère, affirmant : "Je ne suis pas convaincue que des enfants me rendraient plus heureuse. L'État semble faire tout pour m'inciter à changer d'avis". Ce sentiment est partagé par de nombreuses femmes qui voient leurs choix de vie remis en question.
Le gouvernement, dirigé par Vladimir Poutine, soutient une vision traditionnelle de la famille et évoque fréquemment le danger d'une "extinction" démographique. En ce sens, le ministère de la Santé a récemment conseillé aux médecins d'orienter les femmes qui refusent la maternité vers des psychologues, afin de "favoriser une attitude positive envers la maternité". Cette directive s'inscrit dans un cadre plus large où la "propagande" contre la maternité est désormais passible d'amendes pouvant atteindre 400 000 roubles (environ 4 200 euros).
Maria qualifie ces initiatives de "pitoyables", soulignant que la législation sur l'avortement devient de plus en plus stricte, limitant les droits des femmes. "L'État tente de nous forcer à avoir des enfants tout en nous privant de nos droits fondamentaux", s'indigne-t-elle, ajoutant que des mesures telles que des aides financières conséquentes ou un logement abordable pourraient réellement changer la donne.
Selon Anastasia, une experte en rééducation infantile, les efforts devraient se concentrer sur la création de conditions favorables à la maternité plutôt que sur la pression exercée sur les femmes. "Il serait plus judicieux de garantir des revenus suffisants et un environnement sûr", explique-t-elle, évoquant les défis économiques que rencontrent de nombreuses femmes. Avec une inflation galopante due à l'offensive en Ukraine et une offre de logements hors de prix, le défi semble colossal.
Le climat socioculturel autour de la paternité et de la maternité est également un point de préoccupation, comme l'indique Anastasia, qui souligne que les hommes sont souvent absents dans le cadre éducatif et familial. Il est courant que les mères se retrouvent seules après un divorce, ce qui ajoute un stress supplémentaire.
Margarita, une professeure d'anglais qui ne peut pas avoir d'enfants pour des raisons médicales, s'inquiète de l'impact psychologique de ces nouvelles directives. Elle redoute que les femmes sans enfants soient stigmatisées comme des "parias". D'autres mères partagent cette inquiétude, affirmant que chaque femme a le droit de choisir. "Avoir des enfants sous la contrainte pourrait conduire à des situations de mal-être et de conflit", souligne Irina, médecin et mère de deux enfants.
Malgré ces critiques, certains hommes, comme Maxime, soutiennent ce type d'initiatives en les considérant comme des recommandations bénéfiques pour la société. "Les femmes qui refusent d'avoir des enfants ont une approche malsaine", affirme-t-il.







