La championne d'échecs iranienne, naturalisée française, Mitra Hejazipour, a récemment évoqué son expérience marquante lors du Championnat du Monde d'échecs, où elle a décidé d'ôter son voile. Un acte qu'elle considère politique et qui a marqué son exil. Dans une interview poignante accordée au "20 Heures" du 22 janvier, elle partage son parcours exceptionnel et sa vision du monde actuel.
Alors que l'Iran est secoué par des manifestations contre le régime, Hejazipour présente son livre La joueuse d'échecs, publié par Albin Michel, où elle retrace cette épreuve historique de son aventure personnelle.
Léa Salamé : Vous avez fait le choix courageux de concourir sans voile au championnat du monde d'échecs à Moscou. Qu'est-ce qui vous a poussé à agir ainsi ?
Mitra Hejazipour : À ce moment-là, dans la salle, j'étais déterminée. En Iran, chaque geste est politique. Je ne pouvais plus me taire face aux lois injustes de ce régime. Je devais montrer ma rébellion contre l'oppression des femmes et l'emprise du régime. Participer à un événement de cette envergure me semblait être le moyen idéal de faire passer mon message.
Ce geste a eu des conséquences majeures pour vous, comme l'exil. Regrettez-vous d'avoir pris ce risque ?
Absolument pas. Je ne regrette pas du tout cette décision, je souhaite juste avoir agi plus tôt. Le silence, c'est être complice. Je refuse cette complicité.
Vous avez commencé à jouer aux échecs très jeune. En quoi ce jeu a-t-il été un refuge pour vous ?
J'ai découvert les échecs à 4 ans grâce à un ami de mon père. Ce jeu m'a permis de voyager et de comprendre la différence entre les libertés des démocraties et de mon pays. Les échecs sont logiques et rationnels, opposés aux lois absurdes de notre régime. C'était, pour moi, un refuge.
À présent, l'Iran traverse des turbulences spectaculaires. Pensez-vous que ce régime peut réellement tomber ?
Effectivement, il y a un mouvement de contestation puissant. Cette fois-ci, il y a un leader légitime, Reza Pahlavi, qui incarne l'espoir d'un changement démocratique. Le peuple a souffert et il est temps que ce régime infâme cède. La situation est critique, mais je suis confiante dans le fait que le changement est inévitable.







