A un poste frontière sécurisé par des véhicules blindés et des soldats colombiens, quelques Vénézuéliens, valises en main, côtoient une multitude de journalistes et un climat d’anxiété, trois jours après l’opération militaire rapide des États-Unis qui a renversé le président Nicolas Maduro.
Evelyn Cardenas, une architecte de 57 ans originaire de San Cristobal au Venezuela, explique : "Nous étions venus pour passer Noël et régler des formalités, et on a encore du mal à y croire". Suivie par son mari avec une grande valise, elle a exprimé ces sentiments en traversant le pont international Simon Bolivar, qui relie San Antonio del Tachira à Villa del Rosario en Colombie.
Immédialement après avoir franchi la frontière, elle lâche avec un soupir : "Tous les Vénézuéliens sont heureux, mais nous ne pouvons pas l’exprimer ouvertement... Je peux le dire maintenant parce que j'ai déjà traversé le pont". Pour elle, il y a un espoir, une lueur de changement dans la situation de son pays, dirigé par Nicolas Maduro depuis 2013.
"Nous allons enfin sortir des ténèbres!", espère-t-elle. D'autres personnes qui se rendent fréquemment à Cucuta, côté colombien, restent plus réservées, évitant de s'exprimer sur cet avenir incertain. Même le jour même, un rassemblement en soutien à Nicolas Maduro a été convoqué, tout en exprimant des craintes quant aux conséquences des récents événements.
Donald Trump a certifié que les États-Unis sont désormais "aux commandes" du pays, affirmant que l’objectif de sa politique reste la lutte contre le narcotrafic. Cette situation précaire est amplifiée par les grandes réserves pétrolières du Venezuela, augmentant l’intérêt international pour ses ressources.
"Sous le choc", Walter Monsalve, professeur de 55 ans, souhaite que la communauté internationale, et particulièrement les Nations Unies, joue un rôle plus proactif. "Ces organismes ne semblent pas stopper ces crises", a-t-il déclaré. Chaque jour, les Vénézuéliens vivent dans une ambiance mitigée, traversant le pont pour parfois revenir avec des produits plus abordables.
Kayleig Jiménez, une étudiante de 16 ans, n'ose pas encore croire aux changements, mais espère vivement le retour de proches qui ont dû fuir. S’exprimant sur la nouvelle réalité, elle ajoute : "Nous sommes désormais +Veneyork+, un mot valise qui symbolise notre mélange de persévérance et d’espoir".
Les journalistes, quant à eux, vivent des difficultés croissantes pour entrer sur le sol vénézuélien, beaucoup n’obtenant pas de visa, comme l’a rapporté le média français "Le Monde". Le Venezuela ocupa l’une des dernières positions dans le classement de Reporters Sans Frontières concernant la liberté de la presse, un indicateur alarmant pour la situation médiatique du pays.
Enfin, mardi, le syndicat de la presse vénézuélienne a relayé que 14 professionnels des médias avaient été temporairement arrêtés lors d’un incident parlementaire. Dans ce climat tendu, les Vénézuéliens encouragent les journalistes à continuer de raconter leur histoire, lançant des appels désespérés tels que : "Merci de tout raconter sur le Venezuela, ne partez pas !"







